Violences meurtrières dans le Sud-Kivu: encore des zones d'ombre

Des casques bleus indiens de la Monusco, photographiés en 2013 dans le Nord-Kivu.
© REUTERS/Kenny Katombe/File Photo

En RDC, le numéro deux de la force onusienne Monusco était lundi 18 septembre 2017 à Kamanyola (Sud-Kivu), où 37 réfugiés burundais et un militaire congolais ont été tués vendredi à quelques centaines de mètres d'une base des Nations unies. L'Américain David Gressly a rencontré les familles de victimes pour leur présenter ses condoléances, mais aussi les autorités locales et coutumières congolaises.

Les faits restent à établir. Pour le gouvernement congolais, qui a ouvert une enquête, ce ne sont pas de simples réfugiés burundais mais un véritable groupe armé qui s'en est pris à un poste de l'Agence nationale des renseignements (ANR), vendredi à Kamanyola, débouchant sur le bilan que l'on sait.

L'ONU a également ouvert une procédure. La Monusco dit enquêter sur un possible usage abusif de la force, mais aussi sur le comportement de ses casques bleus. La force des Nations unies dit vouloir s'assurer que ces derniers ont agi conformément à leur mandat en République démocratique du Congo.

Selon la version donnée par les casques bleus pakistanais présents sur place, les troubles ont commencé à 16h45. Des réfugiés burundais manifestaient devant le siège de l'ANR et les premiers coups de feu ont retenti. Immédiatement, les soldats de la mission onusienne se sont préparés à sortir.

A quelle heure sont arrivés les éléments de la Monusco ?

Ils seraient partis à 17h15, pour une arrivée sur les lieux à peine dix minutes plus tard. Si ces délais sont confirmés, les casques bleus auraient donc réagi au plus vite. Mais cette version est déjà contestée, notamment par les réfugiés burundais qui ont survécu aux évènements.

Ces derniers assurent que les premiers coups de feu ont retenti devant l'ANR entre 15 h et 15h30. C'est une heure et demie plus tôt que l'horaire donnée par les casques bleus. Un militaire basé à Kamanyola a par ailleurs confirmé à RFI avoir entendu des coups de feu et vu des jets de pierre bien avant 16 h.

Pendant ce temps, dans la base temporaire de la Monusco, selon les informations recueillies par RFI, les officiers pakistanais tentaient - en vain - de joindre leurs partenaires congolais, les FARDC, pour évaluer la situation.

Le commandant de la base de l'ONU a-t-il préféré attendre ?

Les échauffourées étaient si proches de leurs fenêtres - le bureau de l'ANR est à 450 mètres -, que des impacts de tirs ont atteint du matériel à l'intérieur de la base de l'ONU. Le commandant pakistanais pourrait alors avoir préféré attendre que la situation se calme avant de sortir.

En tout cas, les réfugiés assurent que les casques bleus ne sont intervenus qu'après la tombée de la nuit, vers 18h30, soit trois heures après le premier coup de feu, alors qu'ils alignaient déjà les cadavres depuis près de 3/4 d'heure.

A noter néanmoins que la base temporaire de l'ONU à Kamanyola a accueilli les réfugiés après le drame et que la Monusco a soigné et évacué des dizaines de blessés vers Bukavu et Goma. Plus de 110 réfugiés avaient été blessés. Plus d'un tiers d'entre eux souffrent de blessures graves.