Tchad: renvoi de l’opposant Médard Laoukein en correctionnelle

Soldats tchadiens devant le tribunal de Ndjamena (image d’archive 2007).
© Thomas SAMSON/Gamma-Rapho via Getty Images

Au Tchad, Médard Laoukein, arrivé en troisième position à la présidentielle de 2016, est l'un des principaux opposants au président Idriss Déby Itno. Il est en détention depuis la mi-juillet et devrait bientôt être déféré devant des juges de Moundou, la deuxième ville du pays dont il était maire jusqu'à ce qu'il soit démis de ses fonctions pour « malversations économiques ». Le juge d'instruction a rendu, jeudi 21 septembre, une ordonnance qui le renvoie devant le tribunal correctionnel de Moundou, selon Me Athanase Mbaïgangnon, un de ses avocats et bâtonnier du barreau de ce pays. Ce dernier dénonce « une machine à broyer » lancée contre son client.

L'opposant tchadien a été arrêté à la mi-juillet. Médard Laoukein est alors accusé d'avoir détourné des caisses de la mairie de Moundou l'équivalent de 41 000 euros. Des accusations qui « ne tiennent plus la route », selon un de ses avocats qui assure que son client a été blanchi totalement par un audit commandité auprès d'un cabinet d'experts comptables par le juge d'instruction, en personne, le mois dernier.

« Il est totalement blanchi par ce rapport. Je ne sais vraiment pas ce qu’on nous envoie chercher devant le juge à partir du moment où il est totalement blanchi par ce rapport », a déclaré Maître Athanase Mbaïgangnon.

« Acharnement »

Cet avocat dénonce le renvoi de son client devant le tribunal correctionnel de Moundou par ce même juge d'instruction. Une décision qui, à ses yeux, ressemble à « un acharnement » contre l'opposant tchadien.

« Il est fort à parier que c’est un acharnement. Un acharnement qui ne dit pas son nom. Le juge en charge de l’instruction du dossier, au lieu d’affirmer son courage en rendant une ordonnance de non-lieu, a préféré se débarrasser du dossier qu’il estimait être une patate chaude, en le renvoyant devant le juge correctionnel. Peut-être aussi que celui-là aura également son rôle à jouer dans cette machine à broyer mise en œuvre contre monsieur Médard », a-t-il ajouté.

Aucune date n'a encore été fixée pour la comparution de l'ancien maire de Moundou mais son avocat en appelle déjà aux juges pour que son client soit purement et simplement relaxé car il est poursuivi « pour des infractions qui n'existent que dans la tête de ceux qui ont monté cette procédure ».