A l’ONU, Kabila se présente comme le seul garant de la sécurité de son pays

Le président de la République démocratique du Congo Joseph Kabila lors de son allocution devant l'Assemblée générale annuelle des Nations unies, le 23 septembre 2017, à New York.
© REUTERS/Eduardo Munoz

Le président Joseph Kabila s’est finalement exprimé, samedi 23 septembre, devant l’Assemblée générale de l’ONU. C’est une surprise. Il était prévu dans le programme de l’ONU, mais son arrivée a été annoncée à la toute dernière minute et alors que la réunion sur la RDC avait eu lieu le mardi 19 septembre. Joseph Kabila, pour ce qui devrait être son dernier discours à l’AG, a voulu se présenter comme le garant de la sécurité du pays.

Avec notre correspondante à New York,  Marie Bourreau

Il est arrivé après la bataille puisque les principales délégations ont déjà quitté New York, mais cela n’a pas empêché Joseph Kabila de jouer une contre-offensive à la tribune des Nations unies. ll s’est ainsi présenté comme le seul garant de la sécurité en RDC.

« Nous avons inversé la tendance dangereuse de la situation sécuritaire au centre du pays avec comme résultat une amélioration très significative de la situation », a déclaré le chef d'Etat.

Alors certes, l’Assemblée générale était très vide pour écouter le président congolais, mais son message, entre les lignes, a sûrement été reçu cinq sur cinq : c’est lui qui détient encore les clés du pouvoir et de son éventuelle succession. « J’affirme que le cap vers des élections crédibles, transparentes et apaisées est définitivement fixé », a-t-il ajouté.

Joseph Kabila veut donc rester maître des horloges et ne s’engage sur aucun calendrier alors que l’ONU insiste pour qu’il respecte la date butoir du 31 décembre 2017.

Le secrétaire général Antonio Guterres le lui a rappelé lors de leur entretien bilatéral. Et ce n’était pas le seul. Joseph Kabila a aussi rencontré très discrètement le Premier ministre belge Charles Michel, la procureure de la Cour pénale internationale Fatou Bensouda et le président guinéen Alpha Condé.

La presse belge assure que le sort et la sécurité de Joseph Kabila après les élections ont été au cœur des discussions, ce que dément une source proche de Kinshasa.

Une réduction de la Monusco

Joseph Kabila a également insisté sur les discussions en cours pour une réduction des effectifs de la Monusco, la plus importante mission des Nations unies actuellement. Il réclame une révision du mandat de cette mission des Nations Unies.

« Il est clair qu’après 20 ans après son déploiement, la force onusienne ne peut nourrir l'ambition de rester indéfiniment dans mon pays ni d'y exercer son mandat avec le même format et sans tirer les leçons des faiblesses constatées. Ce qui nous importe et qui devait être important aux yeux de tous, c’est la crédibilité de notre organisation et l’efficacité effective de l‘apport des troupes onusiennes sur le terrain. Voilà pourquoi, depuis plusieurs années, nous exigeons le redimensionnement de la force de la Monusco, au regard de missions devenues dynamiques, et la réorientation des moyens ainsi dégagés vers la satisfaction de nos besoins de développement. En ce domaine, comme en d’autres, nous n’entendons pas transiger avec le respect dû à la souveraineté de la République démocratique du Congo tel que garanti par la charte de notre organisation », a-t-il déclaré.

Le président congolais a également évoqué la situation sécuritaire dans les provinces du Kassaï, dans le centre, se disant déterminé à clarifier les circonstances du meurtre des deux experts de l'ONU, en mars dernier. Il a même promis « toute sorte de collaboration à ce sujet ».


Multiples réactions à Kinshasa

Un discours de grande maturité et de sérénité politique de la part d'un homme qui a la parfaite maîtrise des problèmes sécuritaires et de la situation générale du pays, c'est la réaction du porte-parole de la Majorité présidentielle Alain André Atundu. Cathy Kalanga de la société civile plurielle, parle aussi d'un bon discours, mais elle pose la question de savoir si les acteurs politiques vont respecter ce qu'a dit le chef de l'Etat. Selon elle, la société civile doit tout faire pour aider les acteurs politiques, sinon le pays va brûler.

A l'Union des patriotes républicains, Odette Babandoa constate que c'est la répétition d'un même discours ; la distraction. On parle d'un accord-cadre qui n'est pas respecté.

Et dans les rangs du Rassemblement des forces acquises au changement, Pierre Lumbi, le président du conseil des sages, considère que le discours est vide, c'est un discours de banalité qui n'apporte aucune réponse aux attentes des Congolais. Quant au député national Toussaint Alonga de la Nouvelle Dynamique de l'opposition, il trouve dans le discours du président Kabila la révélation de tout ce qui se mijote dans la Majorité présidentielle : pas d'ingérence de la communauté internationale.

(Re) lire : Elections en RDC: 40,6 millions d’électeurs inscrits, mais pas de calendrier

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