Procès Gbagbo: l’ex-chef d'état-major des forces armées devant la CPI

(Image d'archive) Les forces armées ivoiriennes, déployées le long de la frontière avec le Liberia, patrouille dans un village détruit.
© REUTERS/Luc Gnago

Mardi 26 septembre, le général Philippe Mangou, ex-chef d'état-major, un temps fidèle de Laurent Gbagbo, mais aujourd'hui considéré comme un témoin à charge de l'ex-président ivoirien poursuivi pour meurtre, viol, tentative de meurtre et persécution, était à la barre à La Haye. Devant la CPI, il est revenu sur un épisode bien précis de la crise post-électorale : les violences des 24, 25 et 26 février 2011 à Abobo. Trois jours durant lesquels les Forces de défense et de sécurité (pro-Gbagbo) et insurgés pro-Ouattara se sont affrontés.

Costume bleu marine, lunettes vissées sur le nez, le général Philippe Mangou tente de vulgariser les opérations militaires qu'il a supervisées pendant la crise début 2011. Les violences s'intensifient dans le quartier d'Abobo. La tension est telle que « nous décidons de prendre le relais de la police », explique le général Philippe Mangou, alors chef d'état-major de l'armée.

Le substitut du procureur, Me Eric McDonald, rebondit : « Qui était derrière cette intervention ? Quel était son cadre juridique ? »

Impassible, le général Mangou explique que le 5 janvier 2011, Laurent Gbagbo convoque une réunion de crise. Les forces de sécurité sont « réquisitionnées » par un décret présidentiel pour « intervenir dans tout Abidjan ». En décrivant cette chaîne de commandement, le général Philippe Mangou montre implicitement que Laurent Gbagbo n'était pas l'unique responsable de ces violences à Abobo.

« L’idée de déclarer Abobo zone de guerre était une proposition faite par moi. Ça n’a même pas fait l’objet d’une planification, ce n’était même pas à la réunion avec le président », explique-t-il.

Le général Philippe Mangou insiste par ailleurs sur les difficultés rencontrées par ses hommes pour sécuriser Abobo : manque de munitions, de personnel, de moyens de transmission. Une opération délicate aussi face aux redoutables commandos invisibles.

« Nos hommes étaient pris à partie par des gens souvent en civil qui leur tiraient dessus. Il leur était impossible de riposter parce que le commando invisible avait quasiment pris en otage la population. Les gens se fondaient dans la population », insiste-t-il.

Le général Mangou a également critiqué la façon dont le Cecos (Centre de coordination des opérations de sécurité), à l'origine prévu pour être une unité de lutte contre le grand banditisme, a peu à peu été dévoyé de son objectif. Le Cecos est en effet pointé du doigt par des organisations de défense des droits de l'homme pour sa responsabilité dans les crimes de cette crise.

Au départ, le Cecos travaillait conformément à sa mission reçue, faisait le maillage de la ville d’Abidjan, mais au fur et à mesure que l’on avançait dans le temps, le Cecos ne jouait plus son rôle.

Général Philippe Mangou, ancien chef d'état-major des forces armées ivoiriennes
26-09-2017 - Par RFI

L'audition du général Philippe Mangou devrait se poursuivre ce mercredi avec sans doute d'autres éclairages sur les violences post-électorales de 2011.

→(Re)lire: Procès Gbagbo: les officiers supérieurs ivoiriens à la barre de la CPI

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