Régions anglophones du Cameroun: une crise qui couve depuis des décennies

Une rue du centre-ville de Bamenda, au Cameroun anglophone (photo d'illustration).
© Wikimedia Commons

Ce dimanche 1er octobre, divers mouvements sécessionnistes anglophones ont appelé à manifester dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Le point culminant de ces manifestations devrait être la proclamation d'indépendance de ces régions et celle de la naissance d'un nouvel Etat baptisé « Ambazonie ». Le bras de fer s'annonce tendu avec le pouvoir de Yaoundé, qui a décrété autant à Bamenda qu'à Buéa un couvre-feu avec des restrictions drastiques des mouvements de populations. En plus de ces mesures administratives, un fort dispositif sécuritaire y a aussi été déployé. Toute la journée du samedi 30 septembre, l'accès à internet a été très perturbé.

Le 1er octobre 1961, il y a 56 ans jour pour jour, les témoins de l’histoire rapportent le souvenir d'une journée faste et grandiose. Le jour où les Camerounais d’expression anglaise décidèrent de rejoindre leurs compatriotes francophones sous un seul et même drapeau. Ainsi naquit la République fédérale du Cameroun.

Onze ans plus tard, le 20 mai 1972, la mention « fédérale » disparaît pour laisser place à un nouveau concept : la République unie du Cameroun. Ce changement de dénomination est intervenu par le truchement d’un référendum qui allait consacrer la disparition d’une forme d’administration locale dans la partie anglophone du Cameroun et la concentration du pouvoir à Yaoundé, autour de l’homme fort de l’époque, le président Amadou Ahidjo.

En février 1984, Paul Biya, président de la République depuis deux ans parachève cette démarche unitaire en abolissant la République « unie » du Cameroun pour la République du Cameroun tout court.

Cette marche vers toujours plus d’unité n’a pas été sans laisser des ressentiments très aigus au sein de la communauté anglophone, inquiète de cette forme de francophonisation poussée, source, de leur point de vue, de disparition de leur identité. Jusqu’ici marginales, les revendications de cette communauté ont, depuis un an, atteint une audience considérable.

Le problème, depuis le début, et ce que les ainés et les gens qui sont au gouvernement doivent comprendre, c'est que les jeunes ont intégré le fait que quand ils vont à l'école au sortir de là, ils doivent avoir du travail. Mais aujourd'hui ils constatent que quand ils sortent des écoles ils n'ont accès à rien, d'où cette colère que vous observez.
Les anglophones de Yaoundé
01-10-2017 - Par RFI

Appels au calme et dialogue

Certains entendent organiser aujourd'hui de nouveaux mouvements de protestation, après dix mois de crise avec les autorités de Yaoundé. Mais dans la société civile camerounaise, la réponse s'organise pour favoriser le retour au calme.

Ainsi le célèbre avocat Akere Muna, lui-même originaire du Cameroun anglophone, a saisi par écrit le Secrétaire général de l'ONU pour que l'organisation internationale s'implique dans une éventuelle médiation. Mais selon lui, il est essentiel que le gouvernement prenne conscience de la profondeur du mal qui a mené à ces troubles.

« Depuis quasiment une semaine, beaucoup de Camerounais, moi y compris, avons entrepris d’essayer de faire baisser la tension, d’alerter les autorités sur le fait qu’il y a un problème qu’il faut régler, qu’il faut un dialogue urgent. Le message du secrétaire général des Nations unies, que j’ai saisi personnellement, est clair : il nous appelle à un dialogue. J’espère que les compatriotes vont temporiser un peu et que les forces de l’ordre verront qu’il est essentiel de ne pas verser dans la provocation. »

Le gouvernement dénonce les méthodes des sécessionnistes

Les autorités, qui ont déployé les forces de sécurité dans les régions concernées, entendent bloquer toute déclaration d'indépendance. Issa Tchiroma-Bakary, porte-parole du gouvernement, critique les objectifs des sécessionnistes, mais aussi leurs méthodes.

« L’immense, l’écrasante majorité des anglophone est contre, estime-t-il. Et ça se passe dans la violence. On dit à un député : "si vous ne démissionnez pas, on abat vos enfants, on fait ceci, on fait cela." C’est des preneurs d’otages, des maitres chanteurs. » Le ministre de la Communication, bien qu'il se réjouisse de l’appel à la réconciliation nationale lancé par le secrétaire général de l’ONU, dénonce « les assassinats, la destruction des écoles, les violences exercées contre nos populations qui n’aspirent qu’à vivre en paix ».

Issa Tchiroma-Bakary insiste : « Nous sommes convaincus que, quel que soit le problème, sa complexité, les difficultés que ça suscite, ce problème ne peut trouver de solution qu’autour d’une table. »

Aujourd'hui, on trouve un régime qui a refusé de dialoguer avec des gens qui sont dans des positions extrêmes en face d'eux. Et ils oublient qu'il y a des gens qui, pendant plus de 50 ans, ont essayé par le dialogue de résoudre ce problème une fois pour toutes pour qu'on puisse tous ensemble aller de l'avant. Le régime a complètement démissionné.
Joshua Osih
01-10-2017 - Par Michel Arseneault