Cameroun: la zone anglophone paralysée après les violences de dimanche

Des membres des forces de l'ordre camerounaises patrouillent dans une rue de Buea, le 1er octobre.
© STRINGER / AFP

La situation était toujours très tendue lundi en zone anglaise, après les violences qui ont suivi la déclaration des indépendantistes et qui ont fait 17 morts selon Amnesty International, 10 selon le gouvernement. C'est la région nord-ouest la plus touchée par les violences de dimanche qui était paralysée par le double effet de l'appel à respecter une ville-morte des indépendantistes, et le couvre-feu imposé par les autorités, qui avait toujours court.

Selon les derniers pointages, les manifestations du 1er octobre ont fait 17 morts, 6 dans le nord-ouest et 11 dans le sud-ouest, répartis entre sept localités. Toutes les victimes sont tombées sous les balles des forces de défense et de sécurité, la plupart sur le champ au cours des échauffourées et d’autres des suites de leurs blessures dans les hôpitaux. On dénombre aussi des centaines de blessés.

Pas de circulation, écoles et magasins fermés, Bamenda 3, un important nœud routier de la capitale de la région nord-ouest du Cameroun, était totalement paralysé hier. « C’est vraiment une ville morte, raconte un ancien député d'opposition, terré chez lui depuis deux jours. Les militaires ont même dit à un monsieur qui voulait faire du sport près de chez moi de rentrer chez lui. Comme il a insisté, ils ont tiré en l’air et il est donc rentré chez lui. C’est une peur totale. » Et alors que courrait toujours le couvre-feu décrété depuis vendredi, des coups de feu ont été entendus au centre de la ville de Bamenda. Des tirs de sommation, a justifié un militaire en vue de disperser des personnes qui se rassemblaient.

A Buea, la capitale de la région sud-ouest du pays, le gouverneur a allégé les mesures de sécurité annoncées il y a trois jours. La circulation interurbaine et celle des taxis-motos est toujours interdite, mais les gens pouvaient de nouveau se réunir ou ouvrir boutiques et bars depuis lundi matin. Un appel qui n'a pas été suivi, selon  le journaliste basé dans cette ville. « Après les mesures qui ont été allégées, témoigne Joseph Weno, les gens ont toujours peur. La situation dans la ville n’est pas normale. Les boutiques ne sont pas ouvertes. Les écoles sont ouvertes mais les élèves ne sont pas à l’école parce que les parents ont peur (…). »

Le silence de Yaoundé

Le maillage sécuritaire n’est toujours pas levé dans les deux régions, entre la ville de Limbé et Douala, distante d’un peu plus de 100 kilomètres. L’on comptabilise ainsi une quinzaine de contrôles de police, nous a rapporté un témoin. Tous les usagers sont obligés de montrer patte blanche.

A Yaoundé, à la présidence de la République vers laquelle les regards,  toujours plus inquiets, des Camerounais sont tournés, ce silence est paix. Le locataire des lieux, le président Paul Biya, absent du pays, suivrait la situation de très près, selon une source sous anonymat. Mais les critiques sur la gestion de cette crise par le gouvernement se font de plus en plus entendre. Seuls sont en première ligne jusqu’ici pour faire face à la fronde, les gouverneurs des deux régions du nord-ouest et du sud-ouest.

Les autorités camerounaises ont annoncé cette fois qu'elles n'allaient pas couper internet, mais plusieurs témoins assurent qu'ils ne peuvent pas accéder aux réseaux sociaux depuis trois jours.