Cameroun: un journaliste accusé d'incitation à la haine contre les anglophones

Une rue du centre-ville de Bamenda, au Cameroun anglophone.
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Au Cameroun, la crise anglophone se transporte dans les médias. Des dizaines de journalistes anglophones ont saisi le 3 octobre le Conseil national de la communication (CNC) avec une plainte visant un journaliste d'une chaîne de télévision privée, coupable à leurs yeux d'« incitation à la haine ». Une plainte que le Conseil a aussitôt décidé d'examiner en promettant des sanctions sévères en cas de faute professionnelle avérée. Plusieurs autres médias sont dans le collimateur de cet organe de régulation pour leur traitement jugé indélicat de la crise dite anglophone.

La pétition signée par une cinquantaine de journalistes camerounais d’expression anglaise met notamment à l’index le directeur de la télévision privée Vision 4. Il est reproché à Ernest Obama d’avoir, dans l’une de ses émissions, incité à la haine contre les anglophones et d’avoir qualifié de « terroristes » les auteurs des troubles dans les régions anglophones du Sud-Ouest et du Nord-Ouest.

Au Conseil national de la communication (CNC) où la plainte a été déposée, l’affaire est prise très au sérieux. Son président, Peter Essoka, met en garde contre ce qui pourrait s’apparenter, selon lui, à la Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM), de sinistre renommée au Rwanda.

« Langage de haine »

« Les médias, dans une période de crise comme celle-ci, doivent faire preuve de beaucoup de responsabilités, estime-t-il. Nous sommes dans une période sensible. Demander à des gens de s'attaquer à d'autres est inadmissible. Et nous allons traiter cela avec beaucoup de sérieux. Ce genre de choses est arrivé au Rwanda en 1994 avec la Radio Mille Collines, avec les conséquences que l'on sait. Est-cela que souhaitent ces télévisions en utilisant leur langage de haine ? »

Jean-Pierre Amougou Belinga, le propriétaire de Vision 4, se défend de toute stigmatisation visant les anglophones.  « Je voudrais qu’on nous présente là où on a parlé de génocide, là où on a appelé les uns ou les autres à combattre les anglophones, déclare-t-il. Je dis non, je ne peux même pas le faire puisque des anglophones vivent chez moi. Ils travaillent ici, ce sont des responsables. Il y a des émissions en anglais ».

Mieux encore, il reprend à son compte les propos reprochés à son collaborateur : « Quand on pose des bombes, quand on a les armes, quand on brûle les écoles, on appelle cela comment ? Moi, j’appelle cela terrorisme ».

Ernest Obama a quant à lui déjà présenté ses regrets à tous ceux qui, dans la communauté anglophone, ont été offensés par ses propos.