Procès Gbagbo: l'ex-chef d'état-major raconte le dénuement de l’armée

Le général Philippe Mangou à Yamoussoukro lors des manifestations le 17 février 2010.
© Reuters / L.Gnago

Sixième jour d'audition de Philippe Mangou par la Cour pénale internationale, à La Haye. Mardi 3 octobre, l'ancien chef d'état-major de Laurent Gbagbo répondait aux questions des avocats de la défense sur l'organisation des Forces de sécurité et de défense (FDS) durant la crise postélectorale de 2010-2011. Dans son témoignage, Philippe Mangou a une nouvelle fois insisté sur le fait que les FDS manquaient cruellement de munitions.

Tout au long de cette audition, les avocats de Laurent Gbagbo ont tenté de mieux comprendre comment les Forces de défense et de sécurité étaient organisées pendant la crise post-électorale. Une série de questions-réponses pour mieux préciser les témoignages de Philippe Mangou, et au fil de ce récit, une constante : les FDS étaient infiltrées et manquaient de moyens.

Lorsque Me Emmanuel Altit lui montre des photos d'un dépôt de munitions, prises dans un sous-sol de la présidence, Philippe Mangou semble surpris.

« A l’Ouest, nos éléments n’avaient pas de munitions, ils étaient obligés de replier à chaque fois et les chefs adjoints - ce sont les chefs ébrié d’Abidjan – ils sont venus me voir à l’état-major. Je leur ai dit : " Mais on n’a pas de munitions, mais on ne peut pas le dire aux gens, nous sommes dans l'attente de munitions et ces munitions ne sont jamais arrivées ". Alors quand je vois le lot de munitions à la présidence de la République je me pose la question : c’est qu’en fin de compte ces munitions étaient arrivées, mais ils ont gardé ça par-devers eux à la présidence de la République, sans en mettre une seule caisse à l’état-major. »

Un manque de moyen, qui selon Philippe Mangou, tranche aussi avec l'organisation du Centre de commandement des opérations de sécurité (Cecos), unité censée lutter contre le grand banditisme, créée par des proches de Laurent Gbagbo.

« Le Cecos était mieux armé même que l’armée, que la police et la gendarmerie. Donc par rapport à ce que nous avons fait, le Cecos avait les moyens en armement. Parce que frappées par un embargo, toutes les unités militaires qui avaient le vocable armé étaient frappées d’embargo. Le président a contourné un peu l’embargo », affirme Philippe Mangou.

Philippe Mangou reste donc très critique envers le Cecos. « Cette unité avait même des mitrailleuses, des RPG et des grenades », relève l'ancien chef d'état-major de l'armée.

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