Nigeria: crise au sein de la Compagnie nationale de pétrole

La Compagnie nationale nigériane du pétrole à Abuja, en juillet 2017.
© REUTERS/Afolabi Sotunde

C’est une sacrée épine dans les pieds du chef d'Etat nigérian. La gestion du pétrole est son domaine réservé puisqu'il est directement en charge du ministère. Sous son autorité, un ministre délégué gère les affaires au quotidien, Ibe Kachikwu. Ce dernier lui a écrit lors de son retour au Nigeria un courrier rendu public d'abord sur les réseaux sociaux ces dernières semaines puis dans la presse depuis mercredi. Cette lettre explicite avec détails les relations complexes entre ce ministre délégué et le responsable de la Compagnie nationale nigériane du pétrole. Et ce document pointe les problèmes de gouvernance dans un secteur des hydrocarbures générant plus de 70% des recettes du Nigeria. Le ministre délégué au pétrole réclame des mesures fortes de la part de Muhammadu Buhari. Mais pour l'instant c'est le silence du côté du chef de l'Etat nigérian.

Sur huit pages, Ibe Kachikwu, le ministre délégué  aux Ressources pétrolières, écrit à charge contre les initiatives présumées du directeur général de la NNPC. Selon le courrier daté du 30 août dernier, Maikanti Baru aurait procédé à des nominations à des postes clefs.

Mais il n'aura pas consulté le ministre délégué ni le conseil d'administration de la Compagnie nationale nigériane  du pétrole. Depuis plusieurs mois, aucun contrat de plus de 20 millions de dollars n'aurait été visé par les tutelles. Toujours selon Ibe Kachikwu, le directeur général Maikanti Baru se justifierait en indiquant d'avoir  l'aval du ministre du Pétrole. Et le titulaire du poste n'est autre que Muhammadu Buhari. Enfin dans cette lettre, Ibe Kachikwu se présente  comme  victime d'une campagne dénigrement  dépeignant notamment comme  proche des rebelles du delta du Niger. Originaire lui-même du delta du Niger, il serait catalogué comme hostile au nord du Nigeria.

Ce courrier opposant un ministre chrétien du sud et un musulman, responsable de la plus importante entreprise nationale, met en lumière le fragile équilibre de la fédération du Nigeria.

D'ailleurs, le Sénat prend très au sérieux cette crise ouverte. Son président, Bukola Saraki a décidé mercredi d'ouvrir une enquête parlementaire.