Sénégal: quand la diplomatie passe avant les droits de l'homme en Mauritanie

(Photo d'illustration). Une manifestation contre l'esclavage et la discrimination à Nouakchott, le 29 avril 2015.
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Au Sénégal, des ministres ont discrètement demandé à des ONG de défenses des droits de l’homme qui dénoncent l’esclavage en Mauritanie de ne pas organiser de conférence de presse à Dakar.

Dans une rangée de sièges vides, seul Seydi Gassama, directeur d’Amnesty International au Sénégal, est venu expliquer la situation. La conférence de presse a été annulée deux fois, samedi dernier et ce jeudi, afin de protéger les ressortissants sénégalais basés en Mauritanie, explique-t-il :

« Je dois avouer qu’à nous-mêmes également l’Etat du Sénégal nous a exprimé ses préoccupations. Surtout que les bruits entre les deux pays ont tous des répercussions sur les populations. Il y a eu des actes de représailles, soit contre des pêcheurs, soit contre des Sénégalais qui seraient en situation plus ou moins irrégulière en Mauritanie. »

Absent, l’activiste mauritanien Biram Dah Abeid, figure emblématique de la lutte contre l’esclavage, reçoit donc discrètement. Il dit comprendre les demandes de l’Etat sénégalais et critique avant tout l’attitude et les pressions de l’Etat mauritanien et de son président :

« Ça dénote de la faiblesse de notre adversaire, le président général Mohamed Abdel Aziz. Et je regrette fort que le chef de l’Etat mauritanien use des populations paisibles comme moyen de pression. Ceci n’est pas digne d’une diplomatie qui se respecte. »

Déjà tendues, compliquées par la crise gambienne, par les discussions sur le gaz et le pétrole, ce coup de pression de la Mauritanie ne va sûrement pas apaiser les relations avec le Sénégal.