Présidentielle au Kenya: Raila Odinga, candidat malgré lui

Raila Odinga, candidat battu à la présidentielle au Kenya, lors de sa conférence de presse à Nairobi, ce mercredi 16 août.
© REUTERS/Thomas Mukoya

La Commission électorale kényane a annoncé, ce mercredi, que les huit candidats ayant participé au scrutin du 8 août seront admis à se représenter lors du scrutin du 26 octobre, dont Raila Odinga. L'IEBC n'a pas tenu compte du retrait de l'opposant. Elle invoque le fait qu'il n'a pas rempli le formulaire de retrait officiel.

Raila Odinga n'a pas encore réagi aux annonces faites mercredi soir par l'IEBC, la Commission électorale. L’opposant kényan est, en ce moment, au Royaume-Uni. Il a pris un avion hier soir, a indiqué son porte-parole au journal kényan le Daily Nation. Et c'est du Royaume-Uni qu'il devrait justement se prononcer sur la situation politique au Kenya.

Sur ses comptes Twitter et Facebook, Raïla Odinga cherche tout de même à faire passer un message. Il montre qu'il consulte des personnalités britanniques politiques et religieuses. L'opposant a posté ce jeudi 12 octobre une photographie de lui serrant la main de Marc Malloch Brown, un diplomate et ancien ministre d'Etat britannique, en charge de l'Afrique. Plus tôt dans la journée, c'est avec l'archevêque de Canterbury qu'il s'est entretenu.

Une question se pose toujours : Raila Odinga va-t-il finalement participer ou non au scrutin du 26 octobre dans sa nouvelle configuration ? C’est-à-dire avec les huit candidats du premier scrutin et non plus seulement face à son rival, le président sortant, Uhuru Kenyatta.

Il ne faut pas oublier que l'opposant considère que l'IEBC n'a pas entrepris les réformes nécessaires pour organiser une élection crédible. C'est pour cette raison qu'il a choisi de poursuivre la bataille dans la rue plutôt que dans les urnes. La NASA, la coalition de l'opposition, a annoncé que de nouvelles manifestations auraient lieu tous les jours de la semaine prochaine.

La réponse des autorités kényanes ne s’est pas fait attendre. Les rassemblements sont désormais interdits dans le centre de Nairobi, la capitale, et d'autres grandes villes du pays. Et ce, jusqu'à la tenue du scrutin présidentiel du 26 octobre.


■ A Kibera, la mobilisation de l’opposition ne faiblit pas

Kibera est l’un des plus grands bidonvilles d’Afrique de l'Est. Mais c’est surtout l’un des bastions de l'opposition. Et les réactions sont vives après cette interdiction de manifester. Quand il passe à Kibera, Raïla Odinga, l’opposant de toujours, fait ses discours sur un terrain vague en terre, une sorte de place du village où les gens se rassemblent pour discuter politique entre autres. C’est ici que quelques-uns ont suivi la conférence de presse du ministre de l’Intérieur à la télévision qui leur annonçait en substance que demain et les autres jours, ils n’iront pas manifester dans le centre-ville.

Une décision inacceptable pour cette population qui a pris l’habitude trois fois par semaine désormais de manifester son opposition à la Commission électorale : « C’est notre seule arme pour exiger des réformes », confie-t-on ici. Quant aux violences qui émaillent régulièrement ces manifestations, les habitants de Kibera interrogés les attribuent aux provocations de la police qui fait, selon eux, un usage trop facile des gaz lacrymogènes. « Les destructions elles sont le fait de groupe qui veulent faire porter la responsabilité aux gens de Kibera », dit-on encore dans ce fief de l’opposition.

« Ils ne peuvent pas nous l'interdire. Matiangi ne fait pas la Constitution. La Constitution nous permet d'exercer ce droit dans les limites de la loi, explique James Ngaré un responsable à Kibera de l'ODM, le parti de Raila Odinga. Vous ne pouvez pas changer ça parce que vous êtes au pouvoir. Nous continuerons à manifester pour réclamer nos droits ! »

En tout cas, aucun ne semble vouloir se décourager pour la manifestation prévue demain, mais on attend aussi que Baba Odinga, actuellement à Londres, s’exprime enfin sur ses intentions.