RDC: un report des élections en 2019 suscite de nombreuses réactions politiques

Vue de Kinshasa, capitale de la RDC.
© Wikimedia/Moyogo

L'information a fait l'effet d'une bombe en RDC. La Céni, la Commission électorale, dit avoir besoin de 504 jours après la fin de l'enrôlement des électeurs pour organiser les élections ce qui, de fait, repousse les scrutins au plus tôt à avril 2019. Ces élections étaient pourtant prévues au départ fin 2016 puis repoussées à fin 2017.

Une décision diversement appréciée dans le pays. Pour le porte-parole de la coalition d'opposition, le G7, un report à 2019 serait inacceptable. « C’est inacceptable parce que d’abord depuis que ce pays existe, c’est la première fois qu’un cycle électoral va durer 4 ans, tout un mandant politique, estime Christophe Lutundula. Cela signifie simplement qu’ils gagnent du temps pour tout verrouiller et à un moment donné improviser les élections pour les gagner. Ce qui est tout à fait contraire à la Constitution et ce qui serait en tout cas un fâcheux précédent et porteur de la déstabilisation de notre pays. En permanence, il y a un peuple qui est sous tension, il ne sait pas à quel saint se vouer à qui donner la tête pour sa survie. Il faut éviter de pousser les Congolais, qui ne parlent peut-être pas aux extrêmes, de nous surprendre un beau matin pour arriver à une situation ingérable et aux conséquences difficilement maitrisables ».

Pour le porte-parole de la majorité, Alain Atundu, l'accord du 31 décembre dernier signé entre le pouvoir et l'opposition prévoit la possibilité d'un nouveau report si jamais la Commission électorale, le gouvernement et le Conseil national de suivi de l'accord se mettent d'accord. « Cette communication de la Céni est un appel à la raison, à la classe politique particulièrement à nos partenaires de l’opposition qui pensait imposer leurs volontés sur les contraintes techniques. Il est raisonnable de se plier aux exigences techniques qui sont différentes des inspirations politiques. Le plus important, c’est d’avoir des élections crédibles. La crédibilité, ce sont les données fiables, les processus transparents et le consensus de tout le monde, la date ce n’est pas un élément de crédibilité ».

Un accord sur un report des élections devrait être l'objet d'une réunion entre les trois institutions concernées la semaine prochaine. Par ailleurs à La Haye s'est tenue hier une réunion du groupe de contact sur la RDC. Dans cette réunion à huis clos, les envoyés spéciaux pour les Grands Lacs ont rappelé l'importance d'avoir au plus vite un calendrier électoral crédible et consensuel. Enfin, la France de son côté a rappelé dans son point presse l'urgence d'appliquer dans son intégralité l'accord politique entre pouvoir et opposition afin que soient organisées, dans les plus brefs délais, des élections crédibles et inclusives.

L’attente de la publication du calendrier électoral

Cette annonce de la Céni suscite des inquiétudes au sein de la communauté internationale, sur le climat politique et la stabilité du pays. Pour la Monusco, le manque de lisibilité empêche la communauté internationale de s'investir dans le processus. Joint par RFI, Charles Bambara, responsable de l’Information publique au sein de la Mission de l’ONU en RDC, rejette, par ailleurs, les critiques sur l'implication de la mission onusienne.

« Au niveau de la Monusco, nous avons rempli notre mandat, en termes de soutien à la Céni, au niveau de l’enregistrement des électeurs. 4 000 tonnes de matériel ont été acheminées dans tous les coins et recoins du pays, ce qui, selon les dernières informations que nous avons, s’élève autour de 40 à 50 millions de dollars de frais déboursés pour ce soutien logistique de la Monusco. C’est vrai que la communauté internationale n’a pas encore activement participé à cela mais à quoi cela est-il dû ?  Il y a un manque évident de calendrier électoral dans le pays et, par conséquent, un manque de visibilité à moyen et long terme. La communauté internationale, tout comme les Nations unies, appellent à la publication de ce calendrier électoral », a-t-il souligné avant d’ajouter que si ce calendrier électoral est publié, « la donne peut changer ».