Somalie: les secours s’organisent après l’attaque la plus sanglante dans le pays

Des personnes blessées lors de l'attaque de Mogadiscio du 14 octobre doivent être évacuées dans un avion turc, le 16 octobre 2017.
© REUTERS/Feisal Omar

En Somalie, les témoignages sont unanimes : l’attaque meurtrière du samedi 14 octobre à Mogadiscio était inédite. Le bilan de l'attentat s’approche des 300 morts et les secours tentent de s’organiser.

A Mogadiscio, les secours s'organisent tant bien que mal. Un centre des opérations d’urgence a été ouvert. Il diffuse des avis de recherche, aide à l’identification des victimes, au soutien logistique, à la coordination des hôpitaux. Une équipe de bénévoles a été mise en place pour transmettre l’information, distribuer de la nourriture, des médicaments.

Un groupe ministériel, mené par le Premier ministre adjoint, a été constitué pour gérer la crise et coordonner la réponse humanitaire. De l’aide internationale est arrivée, en provenance de Turquie. Le ministre turc de la Santé a atterri ce lundi matin à Mogadiscio. Tout comme un avion médical dépêché par Ankara, avec des denrées alimentaires, du matériel et une équipe d’urgence du croissant rouge.

Des secours venus d’Istanbul

Le service d’ambulance privé somalien Amin conduit sans cesse des blessés à bord de cet avion turc. L’appareil en a déjà transporté plusieurs dizaines vers Istanbul : « On a commencé une levée de fonds, car on a utilisé une grande partie de nos moyens. Si une autre explosion survient, nous ne pourrons pas aider. Donc nous avons besoin d’aide », explique Mohamed Osman, d’Amin Ambulance.

Au kilomètre 5, on cherche toujours dans les décombres. Les cadavres ou blessés sont envoyés dans les hôpitaux ou les morgues. « Nous avons des médecins qui font de la chirurgie de guerre dans deux hôpitaux, nous fournissons des kits médicaux. Nous avons aussi reçu 200 sacs mortuaires », explique Layal Horanieh, du CICR. Pour elle, un des défis à venir sera la recherche des disparus et l’identification des corps. Beaucoup de victimes ne sont simplement pas reconnaissables et ça, c’est un sujet sensible, car « il touche à la dignité humaine », dit-elle.

Pas de revendication

Une attaque meurtrière qui n’est toujours pas revendiquée même si tout le monde pointe du doigt les shebabs, à commencer par les autorités somaliennes elles-mêmes. « Ils se fichent de la vie des Somaliens. Ils ont visé le quartier le plus peuplé et n’ont tué que des civils », a déclaré le Premier ministre Hassan Khaire. Le journaliste somalien Mohamed Kahiye lui non plus n’a pas de doute. Pour lui, seul le groupe terroriste islamiste a les moyens de perpétrer une telle attaque.

Maintenant, beaucoup s’interrogent sur leur silence, car d’habitude, le mouvement revendique rapidement ses opérations. Laura Hammond, chercheuse à l'université SOAS de Londres, émet une hypothèse : « Peut-être que le nombre de victimes est plus élevé que ce à quoi ils s’attendaient notamment en terme de victimes civiles. Ils craignent peut-être un contrecoup de la population », dit-elle.

Et c’est vrai que depuis samedi, il y a eu plusieurs manifestations contre les shebabs à Mogadiscio. En tout cas, ça pourrait vouloir dire que le kilomètre 5 n’était pas la cible. On sait que le camion a explosé alors que les forces de sécurité tentaient de l’arrêter. Certains pensent que le ministère des Affaires étrangères, situé à proximité, était peut-être le véritable objectif.