RDC: une ONG dénonce les transferts financiers d'une banque vers le Hezbollah

La banque BGFI est l’une des plus prestigieuses de la RDC et elle appartient au frère du président Joseph Kabila (photo d'illustration).
© DESIREY MINKOH / AFP

Un groupe d'enquêteurs de l'ONG américaine Enough Project dit avoir découvert qu’une banque congolaise autorisait des transferts d’argent vers des entreprises ou des particuliers finançant le Hezbollah. La banque BGFI est l’une des plus prestigieuses du pays. Elle appartient au frère du président Joseph Kabila. Dans un rapport d'une vingtaine de pages, les enquêteurs, membres d’une initiative financée par l’acteur George Clooney et l’activiste des droits de l’homme John Prendergast, dénoncent le fait que ces opérations financières aient pu avoir lieu alors que la banque savait, selon eux, que les destinataires des transferts d’argent sont sous le coup de sanctions américaines pour financement du terrorisme.

Le groupe d’enquêteurs américains dit avoir découvert cinq transferts d’argent douteux de plusieurs milliers de dollars. Tous ont lieu en 2011 et ont pour destinataire des entreprises qui ont un lien avec Kassim Tajideen, un homme d’affaires belgo-libanais qui est sous sanctions du gouvernement américain depuis 2009 pour son soutien à l’organisation terroriste du Hezbollah.

Selon ce rapport, des employés de la banque congolaise ont alerté leurs supérieurs sur l'aspect problématique de ces opérations bancaires et averti leur hiérarchie que ces transferts d’argent étaient destinés entre autres à des filiales de l’entreprise Congo Futur, dirigée par l’un des frères de Kassim Tajideen. Une société elle aussi sous le coup de sanctions américaines depuis 2010 pour des accusations là encore de financement du terrorisme.

Mais malgré cela, les transactions bancaires ont continué. Le gouvernement congolais aurait même conclu de nouveaux marchés avec l’entreprise Congo Futur malgré les sanctions qui la visent.

Le principal problème, c'est que des entreprises, dont on sait qu'elles sont liées à des personnes qui financent le terrorisme, ont effectué des transferts d'argent à travers cette banque congolaise et ce malgré des sanctions américaines visant ces entreprises.
Holly Dranginis
18-10-2017 - Par Léa-Lisa Westerhoff

Résultat, le groupe d’enquêteurs américains s’interroge et appelle les Etats-Unis et l’Union européenne à émettre de nouvelles sanctions à l’encontre des responsables de cette banque pour avoir délibérément autorisé des transferts d’argent frauduleux.

« Tous les jours, des rapports comme ça tombent, ça nous fatigue un peu », a réagi mardi le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mendé.

Mais il rappelle que cette banque n'est pas dirigée par le président, mais par son frère. Et que celui-ci ne bénéficie d'aucune immunité. « Si Enough Project a des preuves que cette banque travaille avec des organisations terroristes ou réputées terroristes, il y a une procédure de dénonciation qu'elle peut lancer, rappelle-t-il. S'il y a des faits réprehensibles qui sont reprochés à la BGCI Bank, qu'il y ait un frère du président ou pas dans BGCI Bank, soyez certain qu'il y aura des poursuites. Nous ne pouvons pas accepter qu'ici, en République démocratique du Congo, nous puissions servir de couverture à des activités criminelles. »

La BGFI, de son côté, a déjà publiquement démenti la véracité de ces accusations.

Lire le rapport (en anglais)