Togo: de nouvelles tentatives de manifestations dispersées à Lomé

La police patrouille dans les rues de Lomé, au Togo, le 18 octobre 2017.
© YANICK FOLLY / AFP

Ce jeudi encore, Lomé tourne au ralenti au Togo. Commerces fermés, rues désertes alors que l'opposition a maintenu son appel à une nouvelle mobilisation contre le régime malgré l’interdiction du gouvernement de manifester les jours de semaine. Un rassemblement une nouvelle fois empêché. A l'oeuvre, les forces de l'ordre et des individus cagoulés qui effectuent des descentes dans les quartiers. Ils ont pour mission d'empêcher tout attroupement.

La tension est à son comble à Lomé, particulièrement dans les quartiers périphériques. Les forces de l’ordre patrouillent, bastonnent et même intimident. Sur le boulevard de l’Oti, entre l’aéroport et le cimetière municipal de Bè-Kpota, les restes de pneus brûlés, de voitures incendiées et autres déchets mélangés, qui ont servi à faire des barricades, jonchent encore le sol. Les forces de l’ordre, les militaires obligent les passants à les dégager.

Les manifestants de l’opposition n’ont pas réussi à se rassembler ce jeudi matin. Très tôt comme mercredi, des individus cagoulés à bord de véhicules sans plaque d’immatriculation sèment la terreur dans la banlieue nord, Agoe, Gbossimé et Doumasséssé. Ils ont bastonné plusieurs personnes, empêchant tout attroupement. Dans la ville, on aperçoit toujours des personnes cagoulées pas loin des forces de l’ordre assis, le gourdin à côté. Le ministre de la Sécurité, Yark Damehane, lors d’un point de presse mercredi, estimait que ce sont des groupes organisés qui protègent leur quartier.

A Bè, quartier populaire et dans ses environs, les forces de sécurité et de défense sillonnent les coins, ratissent et tabassent. Ils lancent des grenades lacrymogènes. Tout ce qui bouge y passe, personne n'est épargné, parfois même les journalistes comme ici à la mi-journée à Bè-Kpota.

De la tension, mais pour l’opposition, il n’est plus question de reculer, selon son leader Jean-Pierre Fabre : « Nous avons été dociles, je peux dire pendant longtemps. Aujourd’hui, nous nous rendons compte que nous avons été bernés. Le régime vient de faire la démonstration à ceux que ne le croyaient pas que, à chaque fois qu’il est question de la remise en cause de son pouvoir, il répond par la violence. Nous n’allons pas nous soumettre à son diktat. Nous, nous voulons marcher. Nous ne voulons pas faire de la violence, mais si le régime amène ses milices un peu partout au point du rassemblement, les jeunes vont résister avec des cailloux. Il y a des gens qui sont morts hier par balles. Alors qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ? »

L’hôpital du district n°2 de Be-Kpota, qui la veille a accueilli et soigné plusieurs blessés, n’est pas ouvert ce jeudi. Officiellement, dit le médecin principal, il n’y a plus de matériel pour soigner. Du coup, les nombreux blessés de ce matin sont systématiquement renvoyés et la porte de cet hôpital est fermée. Selon l'opposition, 3 personnes ont été tuées, près de 80 blessées dont 44 par balle à Lomé.