RCA: le secrétaire général de l'ONU en visite pour quatre jours

Des musulmans réfugiés dans un camp près de ma mosquée de Bangassou en RCA, le 14 août 2017.
© Alexis HUGUET / AFP

Le secrétaire général des Nations unies est attendu ce mardi 24 octobre à Bangui pour quatre jours. Antonio Guterres vient en Centrafrique alors que le pays s’enfonce depuis un an dans une nouvelle spirale de violences qui a fait des centaines de morts, et alors que le mandat de la Minusca doit être renouvelé le mois prochain par le Conseil de sécurité.

Le temps fort de cette visite sera, si la météo le permet, l’étape de mercredi 25 octobre à Bangassou, symbole des violences entre groupes armés qui ont émaillé cette année.

En mai, la ville a été attaquée par un groupe d’autodéfense qui s’en est pris aux musulmans. Plus de 120 personnes, dont 6 casques bleus, avaient été tuées, des milliers déplacées ou réfugiées en RDC voisine. Les musulmans restés sur place, toujours menacés par cette milice, vivent reclus, sous la protection de l’église catholique.

A l’instar de Bangassou, de nombreux autres villes et villages ont été la cible d’attaques de groupes armés ces derniers mois, sans que les casques bleus puissent les empêcher. La Minusca est plus que jamais critiquée pour son incapacité à protéger les civils comme le commande son mandat. Des critiques qui ne manqueront pas d’être exprimées à Antonio Guterres par les nombreux responsables politiques, religieux ou représentants de la société civile qu’il rencontrera durant son séjour.

Dans un contexte financier difficile pour les opérations de maintien de la paix, le secrétaire général demandera le mois prochain 900 casques bleus supplémentaires, en renfort des 10 000 déjà déployés dans le pays.

A Bangui, il sera aussi question des médiations engagées avec les groupes armés qui discutent du DDR en continuant à se battre, à nouer et défaire des alliances, et à commettre des exactions contre les civils. Médiation pilotée par l’Union africaine mais dont les premiers résultats se font toujours attendre.


Reportage : Bangassou, épicentre de la crise centrafricaine

A Bangassou, des musulmans vivent cloîtrés dans l'enceinte du petit séminaire de l'évêché et ne peuvent plus sortir. Ils sont 2 000 à vivre certains sous des tentes, d'autres sous les préaux ou encore dans les salles du petit séminaire. Tous musulmans, captifs dans cette prison à ciel ouvert. C'est le cas de Dana qui avait fui les violences de Bangui au moment de la crise pour retrouver sa mère qui vivait ici en sécurité : « Des fois quand on sort, les anti-balaka nous tirent dessus. C'est pas une vie qu'on devrait mener parce que nous vivait ensemble avant et on vivait bien avant. Mais je trouve qu'actuellement, c'est pas digne de nous. »

Difficultés à s'alimenter, à se soigner aussi. Trois fois par semaine, les équipes de MSF viennent opérer des consultations. Mais Ernest Lualuali, le responsable médical de l'ONG, déplore que les principes humanitaires de libre accès aux soins ne soient pas respectés : « Ça se passe bien mais on a de très grosses difficultés pour le moment. Tous les patients musulmans du site malades et qui ont besoin d'une hospitalisation, les groupes d'autodéfense ne permettent pas d'amener les patients musulmans à l'hôpital. »

Pour l'évêque Juan Aguirre, qui les accueille depuis le mois de mai, la situation devient compliquée. « Il y a une tension énorme qui se développe et il y a un stress qui va s'accumuler et à un certain moment, des gens perdent la lucidité, confie-t-il. Et il y a une frustration énorme. On dit qu'on va les déloger, qu'on va réussir à les faire sortir pour ceux qui veulent partir et finalement, on change de programme... »

Après le président Touadéra, c'est au tour du secrétaire général des Nations unies de se rendre à Bangassou pour apporter son soutien. Un soutien moral à défaut d'une solution pérenne.