Maroc: dans le Rif, le limogeage des ministres par le roi jugé insuffisant

La ville de Al Hoceïma, berceau de la contestation dans le Rif marocain, sur la côte méditerranéenne.
© Reuters/Youssef Boudlal

Le roi a renvoyé mardi 24 octobre trois ministres et un secrétaire d'Etat, jugés responsables des dysfonctionnements et des retards enregistrés dans le vaste plan de développement de la région d'Al Hoceïma. Un programme lancé en 2015 qui devait sortir en l'espace de quatre ans la région de l'isolement. A l'heure où la contestation semble s'être atténuée dans le Rif, la décision du roi, une première dans l'histoire de son règne, est accueillie de manière contrastée par les habitants d'Al Hoceima.

Dans un lieu de la ville fréquenté par les jeunes du quartier, à l’abri des regards, on accueille de manière mitigée le limogeage des ministres par Mohammed VI.

« Ce qu’a fait le roi, c'est bien, mais c'est insuffisant. Car ceux qui ont failli à ces postes à responsabilités doivent être présentés devant le juge, pas seulement limogés puis remplacés par quelqu'un d'autre », estime un habitant d’Al Hoceïma.

Dans les dédales du souk du centre-ville, l'heure est au remballage. Les passants craignent de parler aux journalistes de peur d'être arrêtés par la police.

Pour ce vendeur de chaussures qui accepte timidement de s'exprimer, le limogeage de trois ministres par le roi reste une étape positive. « C'est normal que les ministres soient limogés et c'est grâce au Hirak, estime-t-il. D'autres villes doivent faire la même chose, toutes les villes du Maroc doivent aussi protester. Moi je suis sorti aussi manifester avec les autres, mais je ne peux pas en dire plus, je suis désolé. On souhaite que ce dossier soit définitivement clos et qu'une solution soit trouvée. Et la solution c'est le roi qui l'a entre ses mains. »

A presque un an jour pour jour du début de la contestation dans le Rif, certains habitants d'Al Hoceïma, échaudés par les centaines d'arrestations dans les rangs des militants, semblent vouloir tourner la page du Hirak. Mais nombreux sont ceux rencontrés dans la ville à estimer que la crise ne sera résolue sans la libération des centaines de militants du mouvement.

Un problème global de gouvernance

Pour l'ONG Transparency Maroc, ces dysfonctionnements concernent plusieurs régions au-delà du Rif. Pour Azeddine Akesbi, membre de cette organisation, il faudrait avant tout résoudre les problèmes de gouvernance pour répondre réellement aux besoins des Marocains. « Cette décision est la reconnaissance au plus haut niveau de l’Etat que c’est un problème global de développement et qu'il serait très difficile d’isoler les responsabilités au niveau d’un ou plusieurs ministres, juge-t-il. C’est un problème pour moi du modèle de développement et de l’ensemble de la gouvernance du pays. Beaucoup d’autres responsabilités méritent d’être soulevées. »

Et de citer des exemples d’institutions marocaines qui ne fonctionnent pas : « Le Conseil de la concurrence, qui est bloqué depuis longtemps, et l’Agence de lutte contre la corruption, dont le texte de loi a été adopté depuis longtemps. »

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