Affaire Allahondoum au Tchad: «Nous voulons qu’il nous livre ses sources»

Soldats tchadiens devant le tribunal de Ndjamena (image d’archive).
© Thomas SAMSON/Gamma-Rapho via Getty Images

L'arrestation et l'inculpation, le 23 octobre 2017, du journaliste Juda Allahondoum, directeur de publication de l'hebdomadaire Le Visionnaire qui devrait être jugé le 2 novembre pour « usurpation de titre de journaliste », suscitent de nombreuses réactions, notamment de la part du Comité pour la protection des journalistes, de Reporters sans frontières et d’Amnesty International. Voici ce qu'en dit le ministre de la Justice, Ahmat Mahamat Hassan.

RFI : A l'origine de l'arrestation de Juda Allahodoum, il y a une enquête de son journal Le Visionnaire sur un avion Airbus A340, qui a été immatriculé au Tchad et qui aurait servi au régime syrien pour s'approvisionner en armes. La justice tchadienne est-elle instrumentalisée par le pouvoir politique, comme l'affirme Reporters sans frontières ?

Ahmat Mahamat Hassan, ministre de la Justice : Je ne pense que ce soit une instrumentalisation politique. Aujourd’hui, votre collègue du journal Le Visionnaire publie un certain nombre d’informations et nous avons ouvert une enquête judiciaire. Cette information nous entrave dans notre action par rapport à la recherche impliquant toutes les personnalités, quel que soit leur rang occupé dans la hiérarchie de l’Etat, pour que la rigueur de la loi puisse être appliquée avec toute la sévérité possible.

Notre confrère enquêtait sur des avions immatriculés au Tchad qui seraient impliqués dans un trafic d’armes avec la Syrie. Est-ce la vraie raison de son arrestation ?

Non. L’arrestation n’est pas une question liée à l’immatriculation. L’immatriculation, nous avons déjà l’information et nous avons déjà pris des mesures conservatoires et l’enquête judiciaire est déjà ouverte. Nous avons même appréhendé un certain nombre de cadres de la direction de l’aviation civile. Mais votre confrère a également indiqué un certain nombre de personnalités, quel que soit leur rang dans la hiérarchie politique de notre pays. Il a cité le Premier ministre de la République du Tchad, il a cité la Première dame de la République du Tchad. Et nous voulons qu’il nous livre ses sources.

Est-ce que la protection des sources des journalistes n’est pas inscrite dans le droit tchadien ?

Absolument. Elle est prescrite par notre loi 17. Lui, il est tenu de ne pas donner ses sources. Mais c’est à lui de répondre, ce n’est pas à vous de répondre à sa place.


 ■ L'ANS sévit, selon l'UST

Younous Mahadjir est le vice-président de l'Union des syndicats du Tchad (UST). De passage à Paris, il dénonce un durcissement du régime et, en particulier, de l'Agence nationale de sécurité (ANS).

« Pour nous, il y a l’ANS qui est en train de sévir pour harceler tous les défenseurs des droits de l’homme, estime-t-il. Actuellement, le maire de la ville de Moundou [Laokein Médard] est en prison jusque-là. Il y a Babouri [Tadjadine Mahamat Babouri] qui est un activiste et qui est en prison jusque-là. Depuis lors, il y a des journalistes qui sont arrêtés, Allahondoum Juda qui est le directeur du journal Le Visionnaire, Baïnagra Malachie qui est du journal Mutations, et Eric Kokinangué qui est du journal Tribune Info. Et Juda est encore en prison. »

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