[Reportage] En Gambie, le vert se dépolitise

Pendant 22 ans, en Gambie, le vert a été la couleur associée aux supporters du didacteur Yahya Jammeh ici photographiés en 2011.
© SEYLLOU / AFP

Pendant 22 ans en Gambie, le vert a été la couleur de l’APRC, le parti de Yahya Jammeh. Les monuments, les bâtiments, les affiches, tout devait être peint de la couleur officielle de l’ancien dictateur. Les vêtements n’étaient évidemment pas en reste. Porter une jupe ou un tee-shirt verts dans la rue était jusqu’à il y a peu vu comme un signe de soutien au pouvoir en place. Aujourd’hui, le vert redevient peu à peu neutre, et se retrouve parfois sur les habits de Gambiens loin de partager les idées politiques de l’ancien président, désormais en exil en Guinée équatoriale.

Pour se rendre à la mosquée, ou assister à des cérémonies officielles, Namory s’est fait récemment tailler un costume traditionnel sur mesure. Sauf qu’il s’est autorisé quelque chose qu’il n’aurait jamais envisagé ne serait-ce qu’il y a un an : le tissu choisi est de couleur vert émeraude.

« Je n’aurais jamais porté cette couleur au cours des 22 dernières années. Les gens auraient dit "oh, il est membre du parti de Jammeh" !, explique-t-il. Mais maintenant ça devient une couleur comme une autre. Et je suis content de pouvoir à nouveau porter ma couleur préférée, j’adore cet habit ».

Le vert se dépolitise, donc, même si la couleur rappelle de trop mauvais souvenirs à certains pour la porter. Mais ça ne fait pas l’affaire des vendeurs de tissus.

« Vous voyez ce vert ? Il ne reste que du vert ! Ca ne part plus aussi vite maintenant, c’est un problème, se désole Baba, un vendeur de tissu qui écoulait des mètres et des mètres de vert à l'approche des grandes cérémonies d'Etat. Avant, du temps de Yahya Jammeh, on écoulait ça en grande quantité d’un coup, mais maintenant qu’il est parti… »

Yahya Jammeh n’avait pas choisi cette couleur pour son parti au hasard. « C’est lié, d’une part, au rapprochement opéré par Jammeh, à ses débuts, avec Mouammar Kadhafi. Certains des premiers militants de l’APRC ont été entraînés en Libye, et se sont imprégnés de la théorie du Livre Vert. D’autre part, Jammeh a longtemps essayé de rattacher cette couleur verte à l’islam », analyse l’historien Hassoum Ceesay.

Plus possible donc de repérer les supporters de Jammeh à la simple couleur de leur chemise, mais il n’y a pas de doute possible en revanche quand on croise des Gambiens qui portent toujours fièrement des tee-shirt à l’effigie de l’ancien président.