Cameroun: couvre-feu nocturne à Bamenda

Des heurts ont éclaté lors de manifestations au Cameroun anglophone, ici à Bamenda, le 1er octobre 2017.
© REUTERS/via Reuters TV

La tension est montée d'un cran depuis quelques jours dans les régions anglophones du Cameroun. Si la journée a été calme ce jeudi, le couvre-feu a été décrété a Bamenda après la mort de quatre gendarmes dans des attaques attribuées à des sécessionnistes. Les enquêtes se poursuivent pour identifier les auteurs de ces faits. Pas de réaction officielle à Yaoundé mais tous les regards se tournent vers les sécessionnistes anglophones à l'encontre desquels des mandats d'arrêt internationaux ont été lancés.

Le couvre-feu décrété mercredi par le préfet de Bamenda va courir jusqu'au 23 novembre prochain. Entre 22h et 5h du matin, les populations sont invitées à rester chez elles. Des check-points ont été dédoublés sur les principaux points d'accès à la ville et les effectifs, augmentés, après les tueries sur les gendarmes de lundi et mercredi.

La nuit de mercredi à jeudi a été relativement calme mais des opérations de police ont eu lieu dans plusieurs quartiers avec des interpellations de suspects.

Quant aux enquêtes, peu de choses ont filtré jusqu'ici, mais les armes utilisées par les assaillants ont été tracées grâce aux douilles récupérées sur les sites des incidents. Et selon une source policière, ces armes proviendraient du Nigeria voisin.

Les enquêteurs croient par ailleurs savoir que les commanditaires de ces tueries sont issus des rangs des sécessionnistes anglophones radicalisés, dont principalement le président de la République autoproclamée de l'Ambazonie, Sisiku Ayuk Tabe. Le même qui avait proclamé symboliquement le 1er octobre dernier l'indépendance de cet État imaginaire qui regroupe les deux régions anglophones du nord-ouest et du sud-ouest.

Robert Tamanji, représentant du mouvement d'opposition illégale situé à Londres, le Conseil national pour le Cameroun du Sud (SCNC), a déclaré de son côté : « Nous condamnons fermement les violences perpétrées de manière aléatoire par le gouvernement de la République. Nous condamnons la violence pas seulement à Bamenda, mais dans tout le sud du Cameroun. Le SCNC veut l'indépendance complète du sud du Cameroun anglophone. C'est notre position depuis notre création. Nous n'avons pas changé d'opinion. »

Selon des informations des confrères du quotidien Le Jour parues cette semaine, une quinzaine de leaders anglophones exilés à l'étranger font désormais l'objet de mandats d'arrêt internationaux délivrés par le gouvernement camerounais.


«Nous nous battrons contre ces envahisseurs»

Le mois dernier, plusieurs groupes indépendantistes du nord du Cameroun ont symboliquement proclamé l’indépendance de cette région dont la population est majoritairement anglophone. Un groupe a revendiqué les violences de cette semaine, il s’agit de la branche armée du tout nouveau Ambazonia Government Council.

Le mouvement Ambazonia Governement Council justifie cette violence expliquant qu’ils luttent contre les envahisseurs. Exilé en Norvège, Cho Ayaba, un des leaders du groupe, parle d’autodéfense. Il dénonce l’utilisation par le gouvernement d’hélicoptères d’attaque. Il dénonce la violence dont est victime selon lui la population aux mains des gendarmes. «  Nous nous battrons contre ces envahisseurs tant qu’ils seront présents sur notre territoire  » affirme-t-il.

«  Elucubrations  », «  montage grotesque  » rétorque le porte-parole du gouvernement. Pour le ministre Issa Thiroma Bakary, l’utilisation de la violence montre que les indépendantistes n’ont plus le soutien de la population, qu’ils sont minoritaires et se radicalisent.

Leur mouvement est vain, ils n'ont aucune chance de briser, de séparer, notre nation...
Issa Thiroma Bakary
10-11-2017 - Par Alexandra Brangeon

Une violence dénoncée par d’autres groupes indépendantistes ou qui prônent une plus large autonomie de la région.

Le problème de cette radicalisation - selon certains chercheurs - est qu’elle permet à Yaoudé de traiter le problème comme une question sécuritaire et non d’aborder les griefs légitimes de la population anglophone.