Le HCR évacue des migrants africains de Libye

Des migrants sur une base navale de Tripoli après avoir été secouru en mer par la marine libyenne, le 4 novembre 2017 (image d'illustration).
© REUTERS/Ahmed Jadallah

Un groupe de 25 migrants originaires d'Erythrée, d'Ethiopie et du Soudan qui étaient bloqués en Libye dans une situation très grande vulnérabilité ont été évacués samedi 11 novembre au Niger par le haut-commissariat aux réfugiés. Ces migrants, après avoir été identifiés comme des réfugiés en Libye par le HCR, seront hébergés dans une maison d'hôte à Niamey en attendant que leur demande de réinstallation dans un autre pays soit traitée. Ce type d'évacuation est une première.

Selon le haut-commissariat aux réfugiés, cette procédure inédite et complexe a été élaborée sur la base de plusieurs constats : d'abord, parmi les migrants détenus souvent dans des conditions abominables en Libye, plusieurs centaines peuvent prétendre au statut de réfugiés.

Le HCR, qui a accès à une trentaine de centres de détention en Libye, travaille à les identifier et les faire relâcher. Mais même une fois officiellement reconnues comme réfugiées, ces personnes restent finalement coincées sur place car les pays qui pourraient les accueillir ne veulent ni travailler en Libye pour raison de sécurité, ni réaliser les entretiens à distance.

L'idée est donc d'évacuer les réfugiés dans un pays de transit afin de les soustraire aux violences tout en permettant aux potentiels pays hôtes d'effectuer leurs formalités dans de bonnes conditions.

Le Niger, seul pays d'accueil de transit

Un dispositif qui est loin d'être idéal, mais qui est crucial vu la situation actuelle en Libye pour sauver des vies, souligne le HCR.

Sauf que pour le moment, ce type d'évacuation risque de ne se faire qu'au compte-gouttes, car seul le Niger a accepté d'accueillir en transit ces réfugiés exfiltrés de Libye.

Quant à la réinstallation finale, le nombre de places offertes par les pays d'accueil reste dérisoire : en 2016, seuls 6% des réfugiés présents dans les quinze pays d'asile et de transit situés le long de la route de la Libye ont pu être réinstallés.

Si on n'arrive pas à réinstaller les réfugiés à partir de la Libye, on a démontré par cette évacuation qu'on peut évacuer les gens vers un pays tiers à partir duquel ils pourront être réinstallés.
Vincent Cochetel, envoyé spécial du HCR pour la situation en Méditérannée, explique pourquoi cette procédure a été mise en place
12-11-2017 - Par Laura Martel

Vincent Cocherel explique la spécificité de cette opération par rapport aux actions déjà menées par l'Organisation internationale des migrations (OIM) auprès des migrants coincés en Libye.

« L'OIM s'occupe de gens qui sont allés vers la Libye pour des raisons économiques et l'OIM met en œuvre une solution qui est la solution de retour de ces personnes-là dans les pays d'origine, souligne-t-il. Là, nous parlons de réfugiés des différents pays, donc de gens qui ne peuvent pas rentrer dans leurs pays d'origine parce qu'ils ont été persécutés ou que leur pays est en guerre. Donc la solution du retour n'est pas possible pour ces personnes-là dans l'immédiat et il nous faut absolument, nous, les soustraire aux formes de violence auxquelles ils sont confrontés dans les centres de détention et c'est pour ça qu'on a besoin de pays de réinstallation. »

Il rappelle que l'évacuation vers le Niger est « temporaire ». « Nous avons soumis leur cas à la considération d'un certain nombre de pays de réinstallation et nous espérons qu'ils pourront quitter le Niger d'ici à la fin de l'année », indique l'envoyé spécial du HCR pour la Méditérannée.