Tunisie: clap de fin sur les Journées cinématographiques de Carthage

Le jury des 28èmes Journées cinématographiques de Carthage (4-11 novembre 2017) était présidé par le réalisateur palestinien Michel Khleifi (
© FETHI BELAID/AFP

Samedi soir se refermaient les 28èmes Journées cinématographiques de Carthage, le rendez-vous des cinémas africains et arabes. C'est un western du Mozambique, «Le train de sel et de sucre» de Licínio Azevedo  qui a remporté le Tanit d'Or de la compétition officielle des longs-métrages de fiction. Alors qu'«Aya», film tunisien de Moufida Fadhila l'emporte dans la catégorie de courts-métrages de fiction. Au chapitre documentaires, le premier prix des longs métrages revient au film burkinabé «Koro du Bakoro», tandis que le film du Niger «Jackenson from street kid to champion» de Linda Leila Diatta et Jean Marc Poteau est distingué en court métrage. En Tunisie, six ans après la révolution, le cinéma connaît un essor jamais vu.

avec notre correspondant à Tunis, Michel Picard

Le cinéma tunisien se libère de la chape de plomb des années Ben Ali. Quelque 78 films locaux ont été projetés lors du festival, un record qui témoigne d'une effervescence historique.

Réalisateur depuis plus de trente ans, Nidhal Chatta était en lice dans la compétition officielle avec Mustapha Z qui emporte le prix de la meilleure interprétation masculine : « Il y a une génération de jeunes cinéastes qui travaille sur un autre cinéma. Un autre cinéma émerge, avec très peu de moyens, et ça n'existait pas ça avant !», s'enthousiasme t-il.

De l'artisanat à l'industrie

Fondé après la Révolution de jasmin pour fédérer le monde du cinéma, le CNCI, Centre national du cinéma et de l'image est aujourd'hui la colonne vertébrale du septième art tunisien et dicte le cinéma de demain.

« Je pense que la philosophie du CNCI est en train de changer maintenant, poursuit Nidhal Chatta. Moi j'ai été très agréablement surpris de voir qu'il y avait vraiment la volonté, maintenant, j'allais dire, de hisser le cinéma le cinéma au niveau d'une industrie. De passer de l'artisanat à l'industrie. Ce sont de grands mots pour le moment parce qu'il faut avoir des salles, faut avoir des distributeurs, faut avoir des vendeurs, faut avoir tous les relais, faut avoir des soficas, des banques du cinéma, etc ».

Le virage opéré par le grand écran tunisien va se traduire par la mise en place d'un nouveau dispositif financier, mettant fin aux subventions sans contrepartie. Les producteurs auront davantage de comptes à rendre au CNCI.