Gambie: tensions autour d’une interdiction de manifester

Une vue aérienne de Banjul, la capitale de la Gambie.
© AFP/Marco Longari

En Gambie, la confusion règne autour du permis de manifester du mouvement Occupy Westfield. Un groupe de jeunes s'est vu refuser la permission de protester pour exprimer leur colère contre les délestages fréquents. Premier revirement, la semaine dernière : le permis leur est finalement accordé vendredi quelques heures après le limogeage du ministre de l'Intérieur. Mais nouveau coup de théâtre samedi, le permis est à nouveau retiré pour des raisons sécuritaires. Une trentaine de jeunes se sont malgré tout rassemblés, ce dimanche après-midi, derrière une banderole Occupy Westfield, pour lire une déclaration à la presse. Et l'électricité n'est plus leur principal problème.

Si, à ses débuts, la mobilisation avait pour but d'exprimer un ras-le-bol contre les délestages, elle a aujourd'hui pris une autre ampleur. C'est désormais pour le droit de manifester que ces jeunes, comme Toney Mendy, se sont rassemblés : « Maintenant, ça dépasse la compagnie d'électricité, il s'agit d'avoir le droit de s'exprimer. Ils essayent de nous en empêcher sans raison convaincante, et ce n’est pas ça la Gambie pour laquelle on s'est battu ».

Selon le porte-parole de la police, le permis a été retiré pour des raisons de sécurité, après des informations reçues des services de renseignement. L'initiateur du mouvement, Alieu Bah, a donc demandé aux manifestants de rester chez eux. Mais il a tenu, avec les meneurs d'Occupy Westfield, à venir exprimer un message : « On s'est dit que ce n'était pas sûr, pour les gens, de venir et de risquer de se faire attaquer. Mais en même temps, on a quelque chose à faire entendre : avec cette manifestation, il s'agit de faire respecter la suprématie de notre constitution et de faire respecter notre droit de manifester ».

Les jeunes Gambiens sont soutenus par des activistes connus du pays. Notamment, l'avocat Salieu Taal, le créateur du mouvement « La Gambie a décidé » formé lorsque Yahya Jammeh refusait de quitter le pouvoir : « Si on revient quelques mois en arrière, ce sont ces mêmes jeunes qui nous ont rejoint sous le slogan « la Gambie a décidé », et on a combattu ensemble la tyrannie, quand le président était décidé à confisquer nos droits constitutionnels et notre vote. Je pense que c'est décevant que ces jeunes aient des difficultés aujourd'hui à simplement s'exprimer ».

Le rassemblement a finalement été dispersé au bout d'un quart d'heure par les forces de police.