Le Somaliland a voté pour élire son président et prouver sa maturité politique

Un électeur brandit sa carte devant une file d'attente devant un bureau de vote du Somaliland, le 13 novembre 2017.
© RFI/Sébastien Németh

Le Somaliland a organisé lundi 13 novembre la troisième présidentielle de sa jeune histoire. Ce pays de 4 millions d'habitants a déclaré de façon unilatérale son indépendance en 1991, après dix ans de guerre civile contre la Somalie. Il n'est pas reconnu par la communauté internationale, mais vit dans la paix et avec des institutions qui fonctionnent relativement bien. Le président Silanyo a décidé de ne pas se représenter. Les 700 000 étaient appelés à départager trois candidats.

Moustapha Ahmed Abdi a 22 ans. Dans la longue file d'attente, ce lundi, il protège sa tête du soleil avec un bout de carton. Même si 75% des jeunes de son âge au Somaliland sont au chômage, son premier souhaite pour l'avenir, c'est que son pays soit reconnu. « Le soleil tape fort. Mais les Somalilandais ne se préoccupent pas de la chaleur. Ils s'intéressent à leur indépendance, explique-t-il. J'espère que cette élection nous aidera, car ne pas être reconnu, ça me met mal à l'aise. Nous sommes une vraie nation. Nous sommes très différents de la Somalie. Nous avons la paix, une administration, la démocratie, nous avons tout. »

« On va faire mieux que tous les autres pays du continent »

Dans le centre-ville, les files d'attente serpentent devant les bureaux installés sous des tentes dans la rue. Au pied du monument de la Victoire célébrant l'indépendance, Adnan Robble compte sur le nouveau système d'enregistrement des électeurs par scanner de l'iris pour apporter de la crédibilité. « L'important, c'est de montrer au monde que nous organisons des élections démocratiques, estime-t-il. Il y a eu de vraies améliorations. En 2010, beaucoup de gens ont pu voter deux ou trois fois. Maintenant, c'est un vote par personne. On va faire mieux que tous les autres pays du continent. En Afrique du Sud, ils se battent parfois. Au Kenya, ils ont même dû faire deux élections parce que la première était ratée. »

A (RE)LIRE → Présidentielle au Somaliland, le paradoxe international

De l'autre côté de la rue, Mohamed Saïd observe. Ce Djiboutien venu passer quelques jours au Somaliland est admiratif. « C’est vraiment gigantesque, ça se passe super bien et il y a la vraie démocratie, vraiment c’est étonnant, s’enthousiasme-t-il. Un pays qui n’existait pas, qui a ce courage, c’est super. C’est une leçon pour la région. »

Maturité politique

Le Somaliland va donc peut-être une fois de plus prouver sa maturité politique et démocratique à la face du monde. Le scrutin s'est déroulé a priori sans incident majeur. Les observateurs internationaux sont en train de faire remonter leurs impressions. Si leurs conclusions confirment la réussite du vote, Hargeisa marquera des points en faveur d'une éventuelle reconnaissance internationale.

Car pour le ministre des Affaires étrangères, Saad Ali Shire, cette situation pénalise le pays et freine son développement. « Cette reconnaissance est très importante. Car en tant qu'état non-reconnu, nous n'avons pas accès aux crédits des banques internationales. On ne peut pas emprunter à la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement, détaille-t-il. C'est un obstacle majeur. Cela rend également beaucoup plus difficile d'attirer les investisseurs étrangers. Nous ne recevons pas non plus d'aide bilatérale. Toute l'aide que nous recevons provient d'un tiers, une ONG ou une agence onusienne. Donc, financièrement et économiquement, le manque de reconnaissance est un gros handicap. Un des problèmes majeurs de notre société aujourd'hui, c'est le chômage des jeunes. En 2012, la Banque mondiale a calculé que 75% des moins de 25 ans étaient sans emplois. C'est très élevé. Or pour créer des emplois, nous avons besoin d'investissements. Et ce type d'investissements est compliqué à obtenir quand vous n'êtes pas reconnu comme un vrai pays. »

Réseaux sociaux bloqués

En attendant, la compilation des résultats est en cours. Les procès-verbaux doivent être transportés jusqu'à la capitale. En parallèle, des copies sont envoyées par Internet depuis chaque district, ce qui permettra une double vérification.

Le nom du vainqueur sera donné d'ici sept jours et les scores s'annoncent déjà serrés. Or dans un débat politique télévisé inédit, les trois candidats avaient promis qu'ils accepteraient la défaite. Là encore une nouvelle preuve de maturité. Déjà en 2003, Ahmed Silanyo avait perdu avec seulement 80 voix d'écart face à Dahir Riyale Kahin. Il avait pris sa revanche contre lui sept ans plus tard.

Mais cette journée de vote est toutefois entachée. La Commission électorale a fait bloquer les réseaux sociaux jusqu'aux résultats. Une première dans le pays, officiellement pour lutter contre les fake news et éviter des tensions. Human Rights Watch explique que l'accès à l'information est un élément clé d'une élection libre et juste. Mais la décision est soutenue par le gouvernement. « Cela n'a pas été un choix facile et nous ne sommes pas fiers de nier le droit des gens. Mais les bénéfices sont supérieurs aux inconvénients », explique le ministre des Affaires étrangères Saad Ali Shire.