Crimes sexuels en RDC: le procès de Kavumu aura bien lieu

Les dix-huit accusés sont soupçonnés de s'être livrés à des enlèvements et des viols nocturnes sur des fillettes dans le village de Kavumu, près de Bukavu.
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C'est le soulagement pour les victimes et les parties civiles dans le procès de Kavumu, qui s'est ouvert le 9 novembre dans le Sud-Kivu en RDC. Un procès dont beaucoup espèrent qu'il brisera l'impunité dont jouissent le plus souvent les auteurs de crimes sexuels dans le pays. Dix-huit inculpés, dont un élu local, le député Frédéric Batumike, sont accusés de crime contre l'humanité pour le viol d'une quarantaine de fillettes en 2013 et 2016 ainsi que pour appartenance à un mouvement insurrectionnel. Lundi 13 novembre, la cour militaire s'est prononcée sur les requêtes déposées par la défense pour tenter d'invalider la procédure au motif que cette juridiction n'était pas compétente pour juger des civils et que l'un des accusés était protégé par son statut d'élu. Des requêtes rejetées.

La crainte c'était que ce procès très emblématique tourne court. Finalement, il se tiendra bien. La cour militaire du Sud-Kivu a confirmé lundi qu'elle était compétente pour le mener dans la mesure où les prévenus, certes des civils, sont accusés entre autres de détention d'armes de guerre.

C'est même la première fois qu'un député sera jugé pour crime contre l'humanité en RDC puisque les juges ont estimé que la qualité d'élu du député Frédéric Batumiké ne le protégeait pas contre des poursuites dans la mesure où les crimes qui lui sont reprochés relèvent du droit international, donc du Statut de Rome. Et que pour des crimes aussi graves, ce Statut primait sur le droit congolais. Une décision rare.

Les parties civiles regrettent toutefois de ne pas avoir obtenu toutes les garanties de protection qu'elles demandaient pour les victimes et les témoins dans ce procès sensible. Ils pourront comparaître à huis clos, leurs noms seront protégés. Mais pour le reste, ce sera au cas par cas et il faudra obtenir l'accord des avocats de la défense. Par exemple, pour la déformation de la voix, l'utilisation de cagoules, ou encore recours à la vidéo pour épargner aux victimes des comparutions éprouvantes.

Une quarantaine de fillettes enlevées et violées

Une quarantaine d'enfants, âgés de 8 mois à 12 ans, ont été victimes d'enlèvement et soumis à des violences sexuelles entre mai 2013 et l'an 2016. Deux enfants au moins seraient morts des suites de leurs blessures.

Fondateur de l'hôpital de Panzi qui vient en aide aux femmes violées dans la région, le gynécologue congolais Denis Mukwege avait dénoncé en 2014 et 2015 cette vague d'enlèvements et de viols nocturnes de fillettes dans le village de Kavumu, proche de Bukavu.

Les débats sur le fond peuvent donc commencer ce mardi avec la lecture des charges et l'audition des prévenus. Les avocats de certains accusés, dont le député provincial, ont promis de faire appel, mais cet appel ne sera traité qu'une fois un premier verdict rendu.