Zimbabwe: après le coup de force de l'armée, un calme apparent règne à Harare

Malgré la présence de militaires dans les rues, les Zimbabwéens semblaient vaquer à leurs occupations habituelles ce mercredi 15 novembre à Harare.
© AFP

Au Zimbabwe, l’armée a pris le contrôle du Parlement et de la télévision dans la nuit du 14 au 15 novembre à Harare. Dans un communiqué, le porte-parole des forces armées affirme pourtant qu’il ne s’agit pas d’un « coup d’Etat », mais seulement de chasser les « criminels » dans l’entourage du président Robert Mugabe.

La vie semblait suivre son cours ce mercredi soir à Harare. Dans le centre-ville, la circulation était fluide et la population zimbabwéenne paraissait vaquer à ses occupations habituelles. Les bars et les restaurants étaient ouverts, tout comme les banques.

Si la présence militaire était bien visible, elle était loin d'être massive. Des véhicules blindés surmontés de mitrailleuses étaient postés à certaines intersections et devant des bâtiments publics. Quelques soldats faisaient le guet à certains croisements, sans qu'on ressente pour autant dans la capitale zimbabwéenne une quelconque tension particulièrement pesante. Pas de couvre-feu ni barrage sur les routes, même si l’atmosphère semblait plus tendue aux abords de la résidence dans laquelle Robert Mugabe est retenu.

« Ça y est, c'est fini ! »

Seuls quelques furtifs moments de tension trahissent les questionnements de la population, son espoir et ses doutes. Comme cet homme qui crie soudain au milieu d'un restaurant : « Viva Zimbabwe ! », avant de se lancer dans une tirade enflammée contre le couple Mugabe : « Je veux juste dire aux gens : ça y est, c'est fini ! Ça y est ! Plus de Mugabe, plus de Grace ! Plus de cette pourriture que nous avons enduré pendant 37 ans. Ils nous ont fait du mal. »

« Aujourd'hui, depuis 4h du matin, c'est le premier jour de notre indépendance », se réjouissait un autre Zimbabwéen rencontré dans un bar. Quatre heures du matin, c'est l'heure à laquelle les militaires ont pris la parole à la télévision publique pour annoncer leur intervention. Il ne s'agit pas de « coup d'Etat », a assuré le général Sibusio Moyo, mais d'éliminer « les criminels dans l'entourage de Robert Mugabe » en vue de les poursuivre en justice.

Mais pas d'explosion de joie massive, dans les rues de la capitale. Les Zimbabwéens semblent dans l'attente, comme l'explique cette habitante d'Harare.

Il n'y a pas la fête dans la ville car la situation politique n'est pas claire. Que se passe-t-il? On ne sait pas. Qui est le chef de l'Etat ? On ne sait pas.

Une habitante de la capitale
16-11-2017 - Par Sonia Rolley

Car malgré le calme apparent qui règne à Harare, de nombreuses questions restent cependant en suspens. Se pose celle de l'avenir de Robert Mugabe, qui ne s'est toujours pas exprimé. S'agit-il de la fin des 37 ans au pouvoir de celui que de nombreux Africains considèrent comme un héros de la lutte anticoloniale, mais que d'autres qualifient de despote, lui reprochant d'avoir ruiné économiquement l'un des pays les plus prometteurs du continent. Se pose aussi la question de de son épouse Grace Mugabe.

→(Re)lire: Zimbabwe: l’armée et Grace Mugabe, deux camps qui se font face

Nous espérons que l'intervention de l'armée dure peu de temps car le peuple zimbabwéen doit décider de son avenir seul.

Les Zimbabwéens d'Afrique du Sud réagissent au coup de force de l'armée
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