Zimbabwe: Robert Mugabe finit son intervention sans annoncer sa démission

Le président zimbabwéen Robert Mugabe lors de son allocution tv le dimanche 19 novembre 2017.
© STR / AFP

Le président zimbabwéen Robert Mugabe a, dans un discours à la nation ce dimanche, défié les attentes en s'abstenant de démissionner, allant jusqu'à affirmer qu'il présiderait le mois prochain le congrès de son parti.

Robert Mugabe s'est adressé dimanche soir en direct à ses compatriotes sur l'antenne de la télévision d'Etat dans un long discours, lu avec grand peine, mais n'a pas annoncé sa démission, comme des sources dans son entourage l'avaient laissé entendre après l'ultimatum lancé un peu plus tôt par son parti.

La Zanu-PF a démis dimanche le président âgé de 93 ans de ses fonctions de président du parti au pouvoir au Zimbabwe et lui a laissé 24 heures pour renoncer à la présidence du pays sous peine d'être destitué par le Parlement. A la surprise générale, Robert Mugabe a assuré qu'il présiderait en décembre le congrès de la Zanu-PF : « Dans quelques semaines, je vais présider un processus qui ne doit souffrir aucune tentative de déstabilisation pouvant le compromettre aux yeux du public. En guise de conclusion, je tiens à dire que je sais très bien que de nombreux développements ont eu lieu au sein du parti ou, faut-il, plutot dire des développements censés avoir été pris au nom du parti. Des erreurs du passé et la colère qu'elles ont pu inspirer sont parfaitement compréhensibles. Toutefois, nous ne pouvons pas nous soumettre à l'amertume ou à quelconque désir de revanche, deux sentiments qui ne contribueraient nullement à faire de nous de meilleurs membres du parti ou de meilleurs Zimbabwéens. ».

Un discours «totalement déconnecté de la réalité» selon les War Vets

Dans son discours à la télévision, Robert Mugabe a estimé que l'intervention de l'armée qui l'a placé cette semaine en résidence surveillée n'avait à aucun moment remis en cause son autorité en tant que chef de l'Etat et commandant en chef des forces armées. « L'opération à laquelle j'ai échappée (...) n'a pas remis en cause mon autorité en tant que chef de l'Etat et commandant en chef de l'armée », a-t-il fait valoir, flanqué à sa droite de plusieurs hauts responsables militaires.

« Quels que soient les pour et les contre de l'opération de l'armée, moi, en tant que commandant en chef, je reconnais les problèmes qui ont été soulevés », a-t-il ajouté, avant de critiquer « les messages contradictoires du gouvernement et du parti ». « Tout cela doit cesser, alors que nous adoptons une nouvelle culture de travail », a-t-il lancé, avant de plaider pour un retour à la normale : « La réunion d’aujourd’hui avec le commandement militaire souligne l’importance pour notre nation de revenir à une situation normale pour que chacun puisse profiter d’un environnement de paix et de sécurité, et que la loi et l’ordre continuent comme avant. L’opération à laquelle j’ai fait allusion ne constituait pas une atteinte à l’ordre constitutionnel auquel nous sommes si attachés, ni une atteinte à mon autorité en tant que chef de l’Etat et de gouvernement. »

Mugabe n'a pas démissionné, donc c'est clair que jusque la fin, Mugabe insiste. Il est vraiment un politicien hors-pair. Il a vraiment joué sa dernière carte.
Liesl Louw-Vaudran, spécialiste de l'Afrique australe à l'Institut d'études sur la sécurité à Pretoria
20-11-2017 - Par Clémentine Pawlotsky

Dès la fin du discours de Robert Mugabe, les « War Vets », les anciens combattants de la guerre d'indépendance, ont appelé les Zimbabwéens à manifester. « Ce discours était totalement déconnecté de la réalité. Nous soutiendrons toute procédure de destitution et appelons à manifester mercredi », a déclaré le chef de la puissante association de vétérans, Chris Mutsvangwa, après l'adresse télévisée du président zimbabwéen.

Zimbabwe: le fil de la journée (19 novembre 2017) - Cliquer sur l'image
Le président Robert Mugabe rencontre le général Constantino Chiwenga et de hauts responsables militaires du Zimbabwe à la State House à Harare © ©ZIMPAPERS/Joseph Nyadzayo/Reuters