Zimbabwe: Grace Mugabe, celle par qui la chute est arrivée

Robert Mugabe et son épouse Grace, à Harare, le 28 octobre 2014.
© REUTERS/Philimon Bulawayo

Robert Mugabe a mis un point final à trente-sept ans de règne sans partage sur le Zimbabwe en présentant sa démission, mardi 21 novembre. La principale raison avancée de cette chute, c'est l'ambition politique dévorante de sa femme, Grace, souvent décrite comme « la femme la plus détestée du Zimbabwe ».

Grace Mugabe était jusqu'en 2014 plutôt connue pour son côté frivole et dépensier, souffrant de la comparaison avec la première épouse du désormais ex-chef d'Etat zimbabwéen qui était elle une véritable combattante de la lutte anticoloniale.

Grace Mugabe, la secrétaire du président, la villageoise devenue première dame, comme elle aimait à le raconter, a toujours été perçue par les Zimbabwéens comme une arriviste, une femme qui aurait même profité du cancer de sa prédécesseure pour séduire Robert Mugabe, de 41 ans son aîné.

« Gucci Grace », « la première acheteuse », « Disgrace », « Lady Gaga »… Des surnoms qui en disent très long sur ce ressenti.

Présidente de la toute-puissante Ligue des femmes

Grace n'a commencé à apparaître dans des meetings politiques qu'en 2012, mais c'est en 2014 qu'elle devient la présidente de la puissante Ligue des femmes de la Zanu-PF. C'est cette année-là qu'elle commence à s'en prendre violemment à tous ceux qui seraient susceptibles de remplacer son mari, avant même d'afficher son ambition de le remplacer. Ce fut le cas de Joice Mujuru, la vice-présidente de l'époque pressentie pour remplacer le vieux chef d'Etat. Et Grace Mugabe rentre en campagne, multipliant les déclarations incendiaires contre tous ceux qui ne soutenaient pas son mari.

Elle est aussi connue pour ses coups de colère. En 2009, elle frappe un journaliste britannique. En août dernier, accusée d’avoir agressé un mannequin à Johannesburg, elle avait requis l’immunité diplomatique.

« Le Crocodile », la victime de trop

Ces dernières années, Grace Mugabe était devenue incontournable dans le premier cercle du pouvoir, suspectée avec ses proches, les membres de sa plateforme le G40, de phagocyter les richesses de son pays et surtout tout récemment d'avoir convaincu son mari de renvoyer « le Crocodile » Emmerson Mnangagwa, vice-président et vieux compagnon de lutte de Robert Mugabe. C’est d’ailleurs ce qui semble avoir été la goutte d'eau pour le parti comme pour l'armée. Tous ont toujours dit que ce coup de force ne visait pas la personnalité du président Mugabe, mais plutôt, même si ce n'était pas toujours dit ouvertement, la succession dynastique qui se préparait.

Grace Mugabe, c'était vraiment la pomme de discorde entre Robert Mugabe et ses vieux compagnons d'armes. C'est ce qui transparaissait déjà en filigrane du discours prononcé par les militaires à la télévision nationale jeudi dernier. Robert Mugabe n'était pas directement visé, mais « les criminels autour de vous », précisait l'officier. Ce sont les proches de Grace Mugabe qui ont été arrêtés les premiers, des membres du G40 comme le ministre des Finances.

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