Tchad: l’ancien maire de Moundou, Laoukein Médard, finalement libéré

Soldats tchadiens devant le tribunal de Ndjamena (image d’archive 2007).
© Thomas SAMSON/Gamma-Rapho via Getty Images

Au Tchad, l'ancien maire de Moundou, Laoukein Médard, a finalement retrouvé sa liberté de mouvement, dans la soirée du vendredi 24 novembre, et ce, après plus de quatre mois de détention. Les autorités nationales ont en effet dû donner de la voix pour que la décision du juge du tribunal de Moundou de le remettre en liberté soit respectée, alors que le procureur avait refusé d'appliquer le code de procédure pénale.

C’est finalement vendredi, en milieu de soirée, que Laoukein Médard a pu quitter la maison d’arrêt de Belaba, aux portes de Moundou. La justice avait ordonné sa libération d’office, jeudi 23 novembre, en matinée, mais le procureur de Moundou a décidé de ne pas signer son ordre de libération arguant l’appel qu’il a interjeté.

Pourtant, les avocats de la défense ont expliqué au procureur que, selon le nouveau code de procédure pénal, l’appel ne pouvait empêcher la libération de l’ancien maire de Moundou. En effet, le juge a estimé qu’il a été détenu abusivement, sa détention ayant duré depuis plus de quatre mois sans procès.

Le procureur n’ayant pas voulu entendre raison, l’homme politique qui a été maintenu à la maison d’arrêt a refusé de réintégrer sa cellule et a entamé une grève de la faim.

Pendant ce temps, le téléphone a chauffé entre Moundou et Ndjamena. Finalement, la chancellerie a recadré le procureur qui a dû se plier à la décision du juge. C’est donc en pleine nuit et avec des youyous, que l’ancien candidat à la présidentielle est arrivé chez lui vendredi soir.

«Une très grande victoire judiciaire»

Candidat à la dernière présidentielle contre Idriss Deby, Laoukein Médard était derrière les barreaux pour malversations financières présumées. Or, un rapport d'audit l'a innocenté du détournement de l'équivalent de 41 000 euros dans le cadre de ses fonctions. C’est sur la base de ce rapport que le juge avait ordonné sa libération. Joint par RFI, Maître Boniface Mouandilmadji, avocat de Laoukein Médard, se réjouit de l’application du droit.

« Un sentiment de satisfaction totale, eu égard au droit qui a été appliqué malgré le refus du procureur de la République de lui donner le mandat de sortie. Le ministre a tapé du poing sur la table pour demander que la loi de la République soit respectée et voilà. Notre client est désormais dehors. Lorsque le juge d’instruction a rendu son ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel, le jeudi 23 novembre, nous nous sommes présentés devant le juge. Nous avons utilisé l’article 314 du nouveau code de procédure pénale qui déclare que lorsqu’un prévenu est détenu pendant quatre mois sans être présenté devant le juge, la décision sera la mise en liberté d’office. Le juge a accédé à notre demande et c’est une très grande victoire judiciaire », a-t-il expliqué.

« Il y a quand même des juges courageux parmi certains et, parmi d’autres, qui ne le sont pas. Nous tirons notre chapeau à ces juges qui sont courageux pour rendre de telles décisions mais comme nous le savons, il y a des gens qui tirent sur la ficelle à distance. Il y a beaucoup d’interférences politiques dans cette affaire », a souligné Maître Boniface Mouandilmadji.