Crise au Cameroun anglophone: des mesures pour lutter contre «les terroristes»

Des soldats patrouillent à Bafut, dans le nord-ouest du Cameroun, en zone anglophone, le 15 novembre 2017.
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Au Cameroun, une réunion de sécurité au plus haut niveau s'est tenue vendredi 1er décembre à Yaoundé, alors que les violences continuent dans les provinces anglophones du pays. Cette semaine, encore six militaires et policiers ont été tués lors de deux attaques mardi et mercredi dans la région du Sud-Ouest. Cette réunion a donné les orientations d'un plan de réponse pour mettre un terme à la rébellion sécessionniste.

« Toutes les mesures doivent être prises pour mettre hors d'état de nuire ces terroristes, ces bandits de grand chemin qui sont les ennemis de notre nation ».

Joint par RFI, Issa Tchiroma Bakary, le porte-parole du gouvernement camerounais a été clair : les mesures de sécurité vont monter d'un cran dans les provinces anglophones. Les autorités ont refusé de communiquer le détail du plan d'action sécuritaire, se contentant d'assurer que la réponse serait proportionnelle aux attaques.

« Nous lutterons avec efficacité contre les terroristes, tout en préservant les intérêts de nos populations dans le strict respect des droits de l’homme, explique Issa Tchiroma-Bakary. Nos populations qui voient nos soldats être égorgés, décapités et leur modus vivendi au quotidien perturbé. Ces populations vont adhérer à toutes les mesures salutaires qui seront prises. »

Réunion extraordinaire

C'est tout le gratin des forces de sécurité camerounaises qui s'est retrouvé ce vendredi : les chefs d'état-major de l'armée de l'air, de terre et de la marine, les grands commandants territoriaux, les commandants de la gendarmerie et des sapeurs-pompiers. Tous réunis à huis clos pendant plus de 9 heures.

Une réunion de sécurité est traditionnellement prévue chaque année, début décembre, pour préparer l'organisation du maintien de l'ordre durant les fêtes. Mais les propos tenus jeudi par Paul Biya ont changé l'ordre du jour. Le président, si discret d'ordinaire, s'est exprimé à la télévision et radio nationale pour promettre au peuple camerounais que « la sécurité sera sauvegardée sur toute l'étendue du territoire national ».

Une répression qui inquiète

Depuis un mois déjà, des mesures extraordinaires ont été mises en place dans les provinces anglophones : couvre-feu, interdiction de taxis motos, restrictions des déplacements de personnes.

Des mesures pesantes pour les populations, comme en témoigne cet habitant de Buea qui souhaite rester anonyme. « La vie n’est pas facile, car il y a des couvre-feux et des restrictions de mouvements, rapporte-t-il. Il y a certains endroits où vous ne pouvez plus aller la nuit. Le soir, si l’on vous contrôle sans carte d’identité, vous êtes arrêtés. Peu importe qui vous êtes. Tous les matins, de gros camions patrouillent. Les gens ont peur ; on ne sait pas ce qui va se passer : va-t-il y avoir une guerre civile ? Les gens ont peur, peur de l’inconnu. »

Mi-octobre, International Crisis Group s'était alarmé dans un rapport de voir la répression du mouvement sécessionniste se durcir. Selon ce centre d’analyse, la réponse sécuritaire risque de faire grossir les rangs des séparatistes.