Touriste allemand abattu en Ethiopie: les hypothèses

Le volcan Erta Ale en mai 2008.
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En Ethiopie, un touriste allemand a perdu la vie dimanche soir sur un site touristique très prisé par les étrangers et les chercheurs dans le nord du pays, près de la frontière érythréenne. Il a été tué par des hommes armés qui pour l'instant n'ont pas été identifiés, alors qu'il se trouvait sur les pentes du volcan Erta Ale, dans la région afar. Ce site spectaculaire a déjà été le théâtre d'attaques contre des touristes depuis dix ans, mais rien n'indique pour l'instant qu'ils aient été tués pour des motifs politiques.

Tout s'est joué dans la soirée de dimanche, aux alentours de 22h ou 23h, heure locale. Un groupe d'à peu près 200 touristes escalade le volcan Erta Ale avec leurs guides et leur escorte, c'est obligatoire dans cette partie de l’Éthiopie.

Ils escaladent pour aller passer la nuit là-haut quand des coups de feu et des explosions retentissent, d'après un guide touristique interrogé par le site local Horn Affairs. Au sommet, un groupe armé se bat avec la police locale.

Les touristes rebroussent chemin vers le camp de base, au pied du volcan, mais, apparemment, la victime allemande et son guide sont un peu à l'écart des groupes principaux. C'est à ce moment, selon le tour-opérateur qui avait des employés sur place, que des hommes armés auraient tenté de kidnapper le citoyen allemand. Devant sa résistance, ou bien sa tentative de fuite, il est abattu. Son guide est blessé aux jambes, toujours d'après le tour-opérateur.

Pour l'instant, l'attaque n'a pas été revendiquée

Le porte-parole du gouvernement fédéral éthiopien affirme que les forces de l'ordre et l'armée sont à la recherche des assaillants. La zone est dangereuse, car la frontière avec l’Érythrée est proche. En janvier 2012, un groupe indépendantiste Afar, soutenu par Asmara, avait tué cinq touristes et kidnappé quatre personnes, quasiment au même endroit.

Pour l'instant, aucun mouvement politique n'a revendiqué l'attaque et d'autres hypothèses peuvent donc être avancées. Selon une source interrogée par RFI, la mort tragique de ce touriste allemand pourrait être une bavure de l'escorte policière qui accompagnait son groupe. Il faisait nuit, l'homme serait resté en arrière et, en tentant de rattraper les autres, son guide et lui auraient fait paniquer la police spéciale afar chargée de sécuriser le trek. Les policiers auraient alors ouvert le feu sur ce qu'ils ont pris pour une menace.

Enfin, l'acte de banditisme qui tourne mal n'est pas à exclure dans cette région isolée.


Un lieu hostile

Située à deux heures de marche de l'Erythrée, la « Montagne qui fume » est un lieu hostile. La « Montagne qui fume », c'est la traduction littérale de « Erta Ale », le nom afar de ce volcan toujours actif qui s'élève au milieu d'une dépression de sable et de sel, dans une chaleur de four, sous le niveau de la mer.

C'est aussi un lieu dangereux politiquement. Des commandos de rebelles afars basés en Erythrée ont déjà attaqué des touristes dans ce secteur.

En 2012, une section d'une quarantaine d'hommes avait tué cinq personnes originaires d'Europe centrale et kidnappé deux Allemands.

En 2007, cinq Européens, dont des diplomates britanniques, avaient été enlevés par des hommes de l'ARDUF, le Front afar de l'unité révolutionnaire et démocratique, dont la base arrière se trouve en Erythrée.

Cela dit, les kalachnikovs abondent dans la région. Il n'est pas rare d'y croiser un caravanier ou un berger appuyé sur un fusil-mitrailleur. Selon un connaisseur de cette province très isolée, l'incident de dimanche soir pourrait donc, aussi, être un acte de banditisme qui a mal tourné.