RCA/RDC: rapports inédits sur les barrières routières et les taxes

Eléments anti-balaka photographiés dans les environs de Bambari (photo d'archives, 2014).
© AFP / Andoni Lubaki

C'est une cartographie sans précédent au Congo et en Centrafrique. L'IPIS, un institut de recherche indépendant, vient de publier deux rapports sur les barrières routières et les taxes, illégales pour la plupart. Des tracasseries tant décriées par les civils dans ces deux pays d’Afrique Centrale. Et le principal constat est que ce sont des groupes armés qui sont les principaux responsables de ces barrières en Centrafrique, mais qu'au Congo, ce sont des agents de l'Etat.

Laissez piller, c'est le titre du rapport d'IPIS sur la Centrafrique : 284 barrières identifiées, 41% d'entre elles sont tenues par des agents de l'Etat centrafricain, la gendarmerie en tête.

Les anti-balaka, eux, contrôlent 40 barrages, soit 14% des barrières répertoriées. Mais le grand bénéficiaire de ces barrières en Centrafrique reste les ex-seleka. IPIS estime que cette constellation de groupes armés et dissidents de l'ancienne rébellion touche jusqu'à 6 millions d'euros par an. Des taxes imposées sur le passage du bétail qui leur rapportent à elle seule 3,5 millions, d'autres imposées sur le passage des personnes et marchandise sur la grande route commerciale entre Bria et le Soudan.

Ce que révèle surtout ce rapport, c'est que les groupes armés qui contrôlent aujourd'hui les trois quarts du pays ont créé leur propre système de taxation qui pèse lourdement sur l'économie centrafricaine.

Pour ce qui est de la République démocratique du Congo, c'est le constat inverse : l'enquête concerne les deux provinces de l'Est, les nord et sud Kivu, 798 barrières répertoriées au total dont 71% sont tenues par des acteurs étatiques ou assimilés.

Et selon l'IPIS, l'armée congolaise reste de loin le premier exploitant de ces barrières, « il semble que chaque position militaire - aussi temporaire soit-elle - se transforme en point de perception », écrivent les auteurs de ce rapport. Plus surprenant, le 4e bénéficiaire étatique de ces barrières et taxes serait l'ANR, l'Agence nationale des renseignements, avec 10% des barrières cartographiées.

Pour ce qui est des groupes armés qui imposent le plus de taxes dans l'est du Congo, selon IPIS, il s'agit des groupes armés hutus congolais et rwandais, les Nyatura et les FDLR, mais aussi le NDC rénové du chef de guerre Guidon soupçonné dans l'un des plus grands percepteurs de taxes du Nord-Kivu.