RDC: polémique autour d'un congrès de l'UDPS lancé par le Premier ministre

Bruno Tshibala, Premier ministre du Congo-Kinshasa à Paris, le 17 septembre 2017.
© RFI/Christophe Boisbouvier

Nouvel épisode de la bataille de leadership qui divise l'UDPS, le premier parti d'opposition, depuis la mort d'Etienne Tshisekedi le 1er février 2017. Pendant trois jours, le Premier ministre Bruno Tshibala et les quelques dissidents de l'UDPS qui l'ont rejoint, organisent leur propre congrès, sans la branche de Limete qui soutient Félix Tshisekedi, le fils de l'ancien président du parti, et qui considère que le Premier ministre n'a aucune légitimité, car il s'est « auto exclu » du parti il y a plusieurs mois.

La scission au sein de l’UDPS remonte en fait au printemps 2017. Après la mort d'Etienne Tshisekedi, le Rassemblement nomme Félix, son fils comme président de la coalition, et Pierre Lumbi à la tête du comité des sages du Rassemblement, le poste qu'occupait Etienne Tshisekedi et qui le prédestinait à diriger très convoité CNSA, le comité de suivi de l'accord de la Saint-Sylvestre. A ce moment-là, Bruno Tshibala et quelques autres, dont Joseph Olenghakoy  protestent, mènent leurs propres consultations et désignent ce dernier à la place de Pierre Lumbi. Joseph Olenghakoy qui quelques mois plus tard est choisi par le pouvoir pour prendre la tête du comité de suivi de l'accord. Une désignation très contestée.

Entre temps le porte-parole de l'UDPS annonce l'exclusion de Bruno Tshibala et des quelques cadres qui l'on rejoint alors que ce dernier accepte le poste de Premier ministre. La rupture est consommée, mais Bruno Tshibala rejette son exclusion et ne fait pas mystère de son intention avec le congrès qui s'ouvre demain : reprendre les rênes du parti en prenant de cours l'UDPS de Limete réunie autour du fils Tshisekedi., mais qui n'a toujours pas organisé son congrès près d'un an après la mort d'Etienne.

« Vous parlez du fils du président. Ça, c’est dans quel système ? Un système coutumier, pas la démocratie. Dans la démocratie et c’est nos statuts qui le disent. Le successeur ne peut pas être d’office le fils du président. Je vous informe, je vous dis que pour les militants du parti, le vrai combattant, le successeur du président Tshisekedi sera décidé au congrès que nous allons tenir. Monsieur Felix Tshilombo et bien d’autre sont invités à prendre part à ce congrès qui n’est pas le congrès d’une tendance, qui est le congrès d’unification, de revitalisation, de refondation. Je n’ai jamais été un traitre, j’ai fait 36 ans de combat », se défend Bruno Tshibala.

Jean-Marc Kabund, secrétaire général de l'UDPS-Limete, se dit en tout cas serein. Il voit derrière l'initiative du Premier ministre, la main « des kabilistes » pour semer la confusion dans l'esprit des militants, mais estime que la base du parti ne s'y trompera pas. « Ce que Bruno Tshibala est en train de faire présentement est un non évènement. Dire qu’il peut convoquer un congrès de l’UDPS est une aberration pour quelqu’un qui roule avec la Majorité présidentielle de vouloir convoquer un congrès de l’UDPS. Même si Tshibala était encore au parti, il n’avait aucune qualité de convoquer ce congrès, statutairement parlant. Donc aujourd’hui, vouloir chercher à créer la confusion dans l’opinion qu’il veut organiser un congrès, cela fait partie des missions que Joseph Kabila lui a données pour déstabiliser l’UDPS parce que la Majorité présidentielle est championne dans le dédoublement des partis politiques. Aujourd’hui, le pouvoir veut dédoubler l’UDPS à travers Bruno Tshibala, chose que la base de l’UDPS n’acceptera jamais ». Pour le secrétaire général de l'UDPS, il n'y aura qu'un seul congrès de l'UDPS qui sera convoqué par lui.