Afrique du Sud: Ramaphosa, un président de l’ANC à la marge de manœuvre réduite

Cyril Ramaphosa, au centre, est félicité par ses soutiens après son élection à la tête de l'ANC, le 18 décembre 2017.
© REUTERS/Siphiwe Sibeko

Cyril Ramaphosa a donc gagné la présidence de l'ANC, il succède à Jacob Zuma à la tête du parti. Une victoire de justesse puisque Cyril Ramaphosa ne gagne que par 179 voix contre sa rivale Nkosazana Dlamini-Zuma et il dispose d'une marge de manœuvre très faible.

C’était attendu, la victoire de Cyril Ramaphosa est loin d’être écrasante. Le vice-président remporte donc la présidence de l’ANC avec 2 440 votes contre 2 261 pour sa rivale Nkosazana Dlamini-Zuma. Avec donc seulement 179 voix d’avance, Cyril Ramaphosa réalise là le rêve de toute une vie, lui qui était déjà pressenti pour succédé Nelson Mandela il y a 20 ans avant de se faire évincer.

Mais il arrive aujourd’hui à la tête de l’ANC dans un contexte bien différent de celui de l’époque. Le parti est aujourd’hui très divisé, abîmé, en perte de vitesse dans les urnes. Cyril Ramaphosa aura la lourde tâche de mettre l’organisation en ordre de marche pour aller aux élections de 2019. Il devra donc unifier et faire des gestes forts, contre la corruption notamment.

Une marge de manœuvre très réduite

La marge de manœuvre de Cyril Ramaphosa est extrêmement réduite parce que les délégués de l’ANC n’élisaient pas uniquement leur président, mais aussi les six hauts dirigeants du parti, y compris son vice-président ou encore son secrétaire général.

Parmi les six personnalités à avoir été élues, trois sont très proches du président Jacob Zuma. Cyril Ramaphosa va avoir énormément de mal à faire passer les réformes qu’il souhaite. Il risque d’être bloqué à chaque tournant par les fidèles du chef de l'Etat.

[Reportage] L'élection de Cyril Ramaphosa à la tête de l'ANC
19-12-2017 - Par Liza Fabbian

Cela pose d’ailleurs la question de l’avenir du président Zuma. Il y a 24h, on s’imaginait que Ramaphosa allait devoir s'en débarrasser pour réussir à nettoyer l’image de son parti avant les élections nationales de 2019. Aujourd’hui, cela semble être mission impossible : ce sont ces six hauts dirigeants de l’ANC qui peuvent prendre cette décision.

Si Cyril Ramaphosa a gagné l’élection, le réel vainqueur, c’est la faction de Jacob Zuma au sein du parti.

Un recomptage des votes en cours

Une réunion a lieu ce mardi 19 décembre à la tête de l’ANC concernant l’élection du secrétaire général, Ace Magashule, qui l'a remporté avec 24 voix d’avance alors que le vote de 70 délégués a été annulé. Pourquoi ont-ils été annulés ? Auraient-ils changé le résultat ? L’enjeu est d’autant plus important qu’Ace Magashule est un proche de Jacob Zuma et qu’il est également menacé par de nombreuses affaires de corruption.

Alors qu’il ne faisait pas partie des favoris, son élection est douteuse aux yeux de beaucoup. Selon un analyste politique interrogé par RFI, des voix aurait bien été achetées pour s’assurer que Magashule soit élu au poste de dirigeant de l’ANC afin de protéger Jacob Zuma de toute action en justice.

L'élection d'un enfant de Soweto suscite quelques espoirs

Cyril Ramaphosa a grandi à Soweto, à quelques kilomètres seulement du centre de conférence de Johannesburg, où se tient la conférence. Les habitants de son quartier d'origine ont accueilli avec espoir le nouveau président.

Le quartier de Chiawelo, où a grandi Ramaphosa est maintenant habité par la classe moyenne de Soweto. Mais beaucoup de jeunes comme Bono n'ont pas de travail officiel. Il habite et range ses outils de mécanicien dans cinq mètres carrés. « Voici mon lit, et là c'est mon équipement. J'ai besoin d'un vrai atelier. Peut-être que lorsque Cyril Ramaphosa deviendra président, je pourrais avoir un atelier », espère-t-il.

Ici l'espoir est grand de voir Ramaphosa redresser l'économie sud-africaine. Selon Brian, un étudiant, il a beau être millionnaire, il vient avant tout du cru et connaît leurs problèmes. « Il a grandi dans des conditions très dures et un environnement injuste. Donc cette expérience peut l'amener à aider les gens comme nous », croit-il.

De l'autre côté de la rue, la cour de l'école primaire du président de l'ANC est délabrée. Sélina est une ancienne enseignante. Ce qu'elle espère, c'est un changement de pratiques à la tête du parti. « Je pense que si Cyril Ramaphosa apprend des erreurs de ses prédécesseurs, il ne pourra que faire mieux qu'eux », estime-t-elle.

A Chiawelo, beaucoup de jeunes se sont tournés vers le parti EFF à cause des scandales de corruption à répétition. Avec l'ascension de Ramaphosa, ils pourraient bientôt retourner dans le giron de l'ANC.

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