RDC: à Kinshasa, l'appel à manifester de l'opposition fait un flop

Le centre-ville de Kinshasa, la capitale de la RDC. (Image d'illustration)
© Wikipédia

L'appel à manifester lancé par le Rassemblement de l'opposition en RDC a connu un écho limité ce mardi 19 décembre à Kinshasa. La capitale a certes un peu tourné au ralenti mais moins que lors des récentes journées de mobilisation, et la marche prévue pour réclamer une fois de plus le départ du président Kabila n'a pas eu lieu. Le gouverneur avait interdit la manifestation et demandé aux forces de l'ordre de l'empêcher.

L’opposition emmenée par l’UDPS avait appelé ses militants à se rassembler à l’échangeur de Limete à Kinshasa. Mais mardi matin, il n’y avait ni militants, ni mineurs à ce carrefour pourtant situé au croisement des quartiers les plus populaires de la capitale ;  seulement des policiers et des policiers militaires.

Félix Tshisekedi, le président de l’opposition, est pourtant venu sur place. Mais il n’est pas sorti de sa jeep et s'est finalement replié. Il reconnaît que la mobilisation n’était pas au rendez-vous. La faute à la pluie, notamment, qui aurait empêché ses militants de battre le rappel tôt le matin comme ils le font habituellement, explique-t-il.

La faute aussi, selon lui, au déploiement policier qui aurait cette fois encore dissuadé les gens de sortir. Pour Jean-Marc Kabund, secrétaire général de l'UDPS, c'est en tout cas ce qui explique la faible mobilisation et c'est surtout la preuve que le pouvoir se sent en danger. « Nous sommes quand même satisfaits du fait que le fort déploiement des forces de l'ordre nous laisse penser que le régime a peur du peuple congolais, explique-t-il. Parce que c'est une marche qui se veut pacifique. Si le pouvoir n'avait pas réagi de la sorte, nous osons croire que le peuple sortirait massivement dans les rues de Kinshasa et aurait exprimé son ras-le-bol vis-à-vis de ces régimes. »

Les policiers étaient en effet nombreux aux principaux carrefours de la capitale depuis lundi soir. Mais ils étaient plus discrets que lors des dernières manifestations et aucune interpellation n’a été signalée. Depuis un an et demi, on a l’habitude de voir les tentatives de manifestation étouffées. Cette fois, on a plutôt le sentiment que la population a boudé l’appel à manifester.

Au sein de l'opposition, certains déplorent des lacunes dans l'organisation. Quant à Patrick Nkanga, président de la Ligue des jeunes du PPRD,  le parti présidentiel, il estime que la population n'a plus confiance dans les mots d'ordre lancés par l'opposition. « La population ne croit plus en leur proposition politique, parce qu'irréaliste. Ce n'est pas l'heure de faire des villes mortes, ce n'est pas l'heure de se faire instrumentaliser par des politiciens véreux, mais c'est l'heure de se préparer aux élections telles que publiées par la Céni », estime-t-il.

La symbolique de la date n’a pas suffi. Il y a un an jour pour jour prenait fin, selon la Constitution, le second mandant Joseph Kabila. Mais « nous ne nous décourageons pas », affirme Félix Tshisekedi. Il promet que ce n’est que partie remise.

Dans la ville en tout cas la circulation était quasi normale, les mototaxis, les bus publics circulaient, le marché de la liberté fonctionnait également normalement. On peut seulement noter que certaines écoles avaient décidé de se mettre en vacances anticipées.

Une mobilisation dans le reste de la RDC

A l’intérieur du pays, l’appel de l'opposition a été diversement suivi. Lisala, chef-lieu de la toute nouvelle province de la Mongala, s'est réveillée par des sifflets et des bruits de casseroles. Des manifestants sont descendus dans la rue, ils ont barricadé les chaussées, empêchant toute circulation de vélo, le moyen de transport le plus utilisé. Ici comme à Mbujimayi, dans le Kasaï oriental, la police et l'armée sont arrivées en retard pour contrer la marche des opposants.

Les heurts ont opposés les agents de l'ordre aux manifestants. Dans d'autres villes comme Kananga, Bukavu et Goma, les éléments des forces de l'ordre étaient en nombre impressionnant sur les places publiques. Au Congo central, les autorités avaient entrepris de désamorcer les actions du Rassop déjà la veille. Dans la ville de Boma, par exemple, les leaders de l'opposition ont dénoncé les harcèlements des services de renseignement et à Lubumbashi, chef-lieu du Haut-Katanga, une forte pluie s'est abattu sur la ville jusqu'aux environs de 11 heures du matin.

« Cela a perturbé nos actions », a expliqué Maître Mukendi Sonvil, porte-parole du Rassop Grand-Katanga. Néanmoins, selon des témoins, trois véhicules ont été incendiés et trois édifices publics ont été attaqués.

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