Maroc: nouvelles manifestations à Jerada contre la «marginalisation» de la ville

Des habitants de Jerada, au Maroc, assistent aux funérailles de deux frères morts dans une mine de charbon abandonnée, le 25 décembre 2017.
© AFP

Au Maroc, de nouvelles manifestations ont eu lieu ce 25 décembre dans la ville de Jerada, chef-lieu de la province du même nom dans le nord-est du pays. Comme chaque jour depuis vendredi dernier, des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour dénoncer la « marginalisation » de leur ville, l'une des plus pauvres du royaume.

Suite au décès par noyade de deux jeunes dans une mine clandestine d'extraction de charbon, des protestations ont commencé à Jerada, ville minière fortement touchée par le chômage, située à 60 kilomètres d'Oujda, près de la frontière algérienne.

La mine de charbon représentait la source principale de revenus pour la ville. A sa fermeture en 1990, 9 000 employés y travaillaient encore. Depuis, le nombre d'habitants a chuté, passant de de 60 000 à 45 000 aujourd'hui.

Faute d'alternative économique suffisante, et malgré la fermeture officielle de la mine principale, des jeunes diplômés précaires se retrouvent contraints de creuser des mines clandestines au péril de leur vie.

La ville de Jerada, dans le nord-est du Maroc. © RFI/Capture d'écran

« Dignité » face à la marginalisation

Des accidents ont lieu régulièrement. Le dernier en date remonte à vendredi dernier, le 22 décembre. Il a provoqué cette vague de colère et d'émoi dans la population locale.

Depuis, les manifestations sont quotidiennes et une grève générale est observée à Jerada. Les magasins et écoles de la ville sont fermés et des milliers d'habitants refusent de quitter la rue.

« Nous allons continuer à manifester jusqu'à l'obtention de nos demandes, assure Said Zeroual, militant à l'association marocaine de droits de l'homme. Nous réclamons des alternatives économiques et sociales qui pourront sauver les enfants de notre ville, Jerada, des trous de la mort . Nous voulons des occasions de travail pour nos jeunes. Notre ville manque de toutes conditions pour une vie digne. »

Said Zeroual déplore que les habitants soient obliger de travailler « dans les trous de la mort », pour survivre, à raison de « quelques dirhams en fin de semaine après la vente de leur charbon ». « Ils travaillent dans des conditions très dures et pendant de très longues heures, en se mettant en danger, insiste-t-il. Ce drame ce n'est pas le premier dans ces mines... Voici pourquoi nous voulons une solution radicale pour en finir définitivement avec la série de la mort qui touche nos enfants. Il faut créer des projets, des usines à Jerada. »

Comme à Al Hoceïma dans le Rif, les manifestants reprennent les mêmes slogans du mouvement Hirak. Ils dénoncent l'abandon de leur ville, l'injustice et la marginalisation. Et comme à Al Hoceïma, ils diffusent leurs images sur les réseaux sociaux en réclamant la « dignité », mot d'ordre de leur protestation.

Les erreurs de l'Etat marocain

Suite à ces drames à répétition, qui ont conduit systématiquement à des protestations collectives ces derniers mois, le sociologue marocain Mohamad Sami, reproche à l'Etat avoir commis des erreurs à Hoceïma, à Essaouira et maintenant à Jerada. Pour lui l'état ne possède aucune stratégie pour affronter la situation.

« Peut-être que l’Etat a commis des erreurs en fragilisant ces institutions et ces personnalités qui peuvent jouer le rôle d’intermédiaires dans le cas de ces crises. Il fallait bâtir ces institutions pour qu’elles jouent leur rôle et qu’elles jouent le rôle d’intermédiaire entre le peuple et l’Etat dans des situations pareilles. Il fallait également avoir une vision stratégique lorsqu’on parle des villes minières au Maroc. »

L’un des problèmes, selon Mohamad Sami, c’est que depuis 40 ans, l’Etat s’est complètement désintéressé de ces régions et n’a pas cherché à comprendre la situation dans ces villes, délaissant par exemple les recherches sociologiques sur le sujet. « Normalement il incombe à l’Etat d’encourager ce genre d’études pour avoir en main des plans d’action et des stratégies bien fondées qui peuvent faire en sorte d’éviter d’en arriver à vivre de tels drames. »