La RDC s'attend à une journée de la Saint-Sylvestre sous haute tension

Un véhicule de la police patrouille dans Kinshasa le 30 novembre 2017, à la veille d'une journée de manifestation à l'appel des laïcs catholiques.
© Junior D. KANNAH / AFP

La tension est montée d'un cran en RDC, samedi 30 décembre, à la veille de la marche initiée par le Comité laïc de coordination de Kinshasa. Lié à l'Eglise catholique, il appelle les Congolais à se rendre, dès 6h30 du matin, à la première messe, puis à se rassembler et à marcher dès la fin du culte, bible et rameaux à la main pour « libérer l'avenir de la RDC » et exiger que soient intégralement appliqués les accords de la Saint-Sylvestre signés il y a un an tout juste. Police et armée ont été déployées dans la capitale. Les communications internet et SMS ont été coupées, et la police a promis que tout rassemblement serait dispersé.

Au début du mois, le Comité laïc de coordination (CLC) a d’abord lancé un ultimatum au chef de l’Etat, lui demandant de dire clairement avant le 15 décembre qu’il ne serait pas candidat à sa succession. Ultimatum ignoré. Le CLC a alors mis sa menace à exécution.

Rapidement, leur appel à suscité des ralliements - mouvements citoyens, collectifs d’ONG, société civile, et la quasi-totalité de l’opposition - dans l’espoir que, comme en 1992 lors de la marche des chrétiens contre Mobutu restée dans les esprits, le Comité laïc, et en filigrane derrière lui l’Eglise catholique, parviendrait à mobiliser là où récemment le Rassemblement de l’opposition a échoué.

Police et armée déployées, Internet coupé

Samedi soir, dès la tombée de la nuit, la police et l’armée étaient déployées en nombre dans la capitale, le chef de la police de Kinshasa expliquant avoir reçu des renseignements sur des hommes armés qui auraient été recrutés pour venir « tirer sur la population » et imputer cela à la police.

Dans la foulée, les communications internet et SMS étaient coupées pour raison de sécurité d’Etat à la demande des autorités et jusqu’à nouvel ordre.

Marche interdite à Kinshasa

Le gouvernement s'est réuni samedi lors d'un conseil extraordinaire. Dans son compte rendu, il indique que les organisateurs de la marche prévue ce samedi auraient « recruté des bandes de casseurs (...) auxquels des armes de guerre auraient été distribuées (...) afin de créer une situation insurrectionnelle qui leur permettrait de capturer le pouvoir par des voies non démocratiques ». Les autorités préviennent les organisateurs de la marche qu'ils seront tenus pour responsables en cas de casse ou de débordement. La marche a été interdite par les autorités de la ville de Kinshasa.

Tout ce que le gouvernement a fait, c'est rendre compte d'un rapport qu'il a reçu du ministère de l'Intérieur de ce qui risque de se passer autour de cette marche. Il risque d'y avoir des débordements par des casseurs et des loubards que les services de renseignement ont identifié, certains ayant même déjà été arrêtés armes à la main et présentés aux services judiciaires.
Lambert Mendé, porte-parole du gouvernement congolais
31-12-2017 - Par Jeanne Richard

De leur côté, les laïcs continuaient d’insister sur le caractère pacifique de leur marche, et disaient tout faire pour éviter des infiltrations qui seraient organisées, selon eux, pour discréditer leur action.

Nous sommes dans une logique constructive : nous ne rejetons rien, nous disons que certaines choses doivent être mises en application pour que nous puissions arriver à une solution qui amène à la cohésion. Notamment la libération des prisonniers politiques.
Léonie Kandolo, porte-parole du Comité laïc de coordination
31-12-2017 - Par Florence Morice

Le CLC demande aux Congolais de se munir uniquement de chapelets, bibles et crucifix, et de ne pas affronter les forces de l'ordre ni forcer aucun barrage, et de veiller à sortir de la manifestation ceux qui tenteraient de discréditer leur mouvement par la violence.

De son côté, la Monusco exhorte une nouvelle fois les autorités congolaises à « respecter la liberté de manifestation », surtout en cette période préélectorale, et conformément aux engagements pris par le gouvernement il y a un an lors de la signature de l'accord de la Saint-Sylvestre. La mission de l'ONU en RDC rappelle également aux citoyens que le droit de manifester implique de s'abstenir de recourir à la violence sous toutes ses formes.

Nous espérons que le mot d'ordre qui a été lancé de marche pacifique soit respecté, mais aussi nous exhortons les autorités congolaises à instruire les forces de l'ordre et de sécurité à ne pas faire un usage disproportionné de la force, conformément au droit international.
Florence Marchal, porte-parole de la Monusco
31-12-2017 - Par Florence Morice

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.