Manifestations en RDC: retour au calme à Kinshasa

Un barrage de police à Kinshasa, en RDC, le 31 décembre 2017.
© REUTERS/Kenny Katombe

Internet devait être rétabli mardi 2 janvier en République démocratique du Congo (RDC). Le signal de la radio Okapi est brouillé depuis le 31 décembre à la mi-journée et celui de la radio Top Congo est coupé. Dimanche, des marches lancées par les catholiques du Comité laïc de coordination contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila ont été réprimées. Le bilan varie selon les sources : quatre tués dont un policier selon le gouvernement, au moins cinq selon l'ONU et dix selon les organisateurs. Le Comité laïc dit par ailleurs être sans nouvelles d'un prêtre.

Aucun incident n’a été signalé dans la nuit de dimanche à lundi à Kinshasa. La capitale de la République du Congo reprenait des couleurs lundi, les barrages ont été levés même si 1er janvier oblige, les rues étaient plus calmes que d’habitude, beaucoup de Kinois passant la journée en famille.

Place de la Victoire, l’un des épicentres de la contestation dimanche 31 décembre, les vendeurs ont repris leurs droits et on est venu en famille pour la traditionnelle photo du Nouvel An. Non loin de là, à l’église de Saint-Joseph, les trois offices ont eu lieu sans encombre. On a tout de même la présence de quelques éléments de la police militaire juste derrière l’église. « Classique en période de fêtes », répond le chef de la police de la ville de Kinshasa. Mais les gens se disent encore choqués de ce qu’ils ont vu dimanche.

Des bilans toujours divergents

Les bilans des violences de dimanche en marge de marches initiées par les catholiques congolais divergent toujours. Au total, selon le gouvernement, les violences de dimanche ont fait quatre morts, dont un policier. Les organisateurs de la marche parlent eux de dix morts et de nombreuses arrestations. Le porte-parole de la police, le colonel Mwanamputu, affirme être encore en train de centraliser toutes les données et promet un bilan pour ce mardi.

Le mouvement citoyen Lucha déplore, à lui seul, 46 arrestations dans ses rangs dimanche, donc 35 militants qui étaient toujours en détention lundi soir. La Lucha assure que certains ont été torturés avant d'être relâchés ; certains seraient hospitalisés, d'autres privés d'accès à un avocat. Sept personnes seraient encore détenues également dans les rangs du mouvement citoyen Filimbi, dont le chargé de réseau, Carbone Beni. L'abbé de la paroisse Notre-Dame de Grâce, dont le Comité laïc de coordination disait être toujours sans nouvelles, a lui été relâché lundi soir.

Antonio Guterres appelle à la retenue

De son côté, la Monusco, la mission de l'ONU dans le pays, a recensé 141 interpellations. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a par ailleurs appelé le gouvernement congolais et les forces nationales de sécurité à faire preuve de retenue. Par ces manifestations, le Comité laïc de coordination entendait exiger l'application de l'accord de la Saint-Sylvestre signé il y a un an et qui prévoyait l'organisation d'élections avant la fin de l'année 2017. La porte-parole de la Monusco, Florence Marchal, souligne son importance.

Cet accord, nous le répétons souvent, reste aux yeux des Nations unies la seule voie viable pouvant mener le pays vers des élections libres, démocratiques et transparentes, selon le calendrier présenté début novembre par la Commission électorale nationale indépendante.
Florence Marchal, porte-parole de la Monusco
01-01-2018 - Par Clémentine Pawlotsky

De son côté, Félix Tshisekedi, secrétaire général adjoint de l'UDPS, principal parti d'opposition en RDC, a demandé à la Cour pénale internationale d'enquêter sur ce qu'il qualifie de « crime à répétition contre le peuple congolais ».

Face aux crimes à répétition perpétrés contre le peuple congolais par un pouvoir devenu illégal et illégitime, le Rassemblement demande à la Cour pénale internationale et aux organismes internationaux des droits de l'homme de mener des enquêtes et d'initier des poursuites judiciaires à l'encontre des auteurs des crimes perpétrés contre le peuple congolais.
Félix Tshisekedi, secrétaire général adjoint de l'UDPS
01-01-2018 - Par RFI

Il réitère son appel à une transition sans Kabila et demande au peuple congolais et à la communauté internationale de « ne plus le reconnaître ». Le ministre des Postes et Télécommunications Emery Okundji a indiqué lundi en fin de journée qu'Internet et SMS seraient rétablis d'ici ce mardi matin.

L'opposition minimise la mobilisation

Côté majorité présidentielle, on qualifie d'échec cuisant la mobilisation de la Saint-Sylvestre. Le porte-parole du gouvernement, Lambert Mendé, assure que les gaz lacrymogènes jetés dans au moins une église étaient destinés à arrêter des terroristes. Ardent Kabambi, l’un des porte-parole de la majorité présidentielle reproche à l’Eglise d’être sortie de son rôle. Il lui reproche d'avoir pris fait et cause pour l’opposition et tient à relativiser la mobilisation.

Nous, nous estimons, au niveau de la majorité présidentielle, que c’est un groupe, des opposants qui se sont accaparés de cet appel et ont voulu allumer le feu à Kinshasa et un peu partout dans la République.
Ardent Kabambi
01-01-2018 - Par Florence Morice

Le Comité laïc de coordination promet de nouvelles actions

Pour d’autres, en revanche, l’Eglise a clairement redoré son blason malgré la répression. Elle a fait la preuve de sa capacité à mobiliser contrairement à l’opposition qui avait d’ailleurs accepté de se placer sous sa tutelle et qui a respecté les consignes.

Les figures de l’opposition présentes dans les rues étaient habillées de blanc sans logo et on n’avait plus vu autant de monde tenter de marcher dans les rues de Kinshasa depuis plus d’un an. Cela redore le blason de l’Eglise, et ce n’est pas rien. Car à terme, les lacunes dans l’application de l’accord de la Saint-Sylvestre, qui avait été parrainé il y a un an par la Conférence des évêques du Congo (Cenco), risquent d’entacher le crédit de l’Eglise.

Le Comité laïc de coordination promet de nouvelles actions et invite les Congolais à rester mobilisés et prêts à répondre massivement au prochain appel.

Tandis que du côté de la majorité présidentielle, on estime que le temps n'est plus aux marches ni au débat sur le calendrier électoral, mais à se mettre en marche pour préparer les élections en 2018.

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