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RDC

RDC: Kinshasa reprend ses esprits après la répression des marches du 31 décembre

Des prêtres catholiques lors d'une manifestation contre le pouvoir, le 1er janvier à Kinshasa, en RDC.
© John WESSELS / AFP

Les réactions continuent d'affluer après la répression des marches du 31 décembre à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC). Les catholiques du Comité laïc de coordination avaient appelé à manifester pour demander le respect de l'accord dit de la Saint-Sylvestre sur l'organisation d'élections et la transition post-Joseph Kabila.

L'abbé Hugues Ndongisila est le responsable de la paroisse Saint-Alphonse dans la commune de Matete, à Kinshasa. Il a reçu dans sa paroisse les corps des deux premières victimes recensées avant que la Croix-Rouge ne vienne les chercher.

Il demande désormais justice et une enquête sur le comportement de la police. Selon ses déclarations, celle-ci est revenue dans sa paroisse vers 14 heures, après la manifestation, et s'en est pris violemment aux fidèles qui s'y étaient réfugiés.

« Des chrétiens étaient là, par peur de rentrer à la maison et la police est entrée [...] pour arracher les téléphones et l’argent, raconte-t-il. Ceux qui veulent avoir des preuves n’ont qu’à venir voir comment ils ont tiré sur nos vitres. Ils ont pillé les paroissiens, ils ont tabassé les gens dans la parcelle, dans l’église. Ils ont tiré, il y a eu des vitres cassées. »

Selon l'abbé Ndongisila, trois fidèles ont été arrêtés dans cette intervention avant d'être relâchés. « Il paraîtrait que des gens étaient cachés ici. Et pourtant non, ce sont des chrétiens normaux qui étaient là, qui avaient peur de sortir à cause des gaz [lacrymogènes, ndlr]. Ils ont jeté des gaz, dont ils ont eux-mêmes été victimes. C’est moi qui ai donné de l’eau aux policiers ! Nous voulons que la justice soit faite par rapport à ce qui s’est passé. Et nous voulons aussi que l’Etat comprenne qu’aucune nation ne peut aller de l’avant sans justice et sans paix ».

Je suis inquiète, c'est mon mari. Le curé est intervenu on m'a promis qu'il serait libéré, mais depuis 6h ce matin, j'ai mon beau-frère au commissariat qui attend.
A la paroisse Saint-Alphonse de Kinshasa, où les deux premiers morts des manifestations du 1er janvier 2018 ont été recensés
02-01-2018 - Par Florence Morice

Ardent Kabambi, l’un des porte-parole de la majorité présidentielle reproche à l’Eglise d’être sortie de son rôle. Il lui reproche d'avoir pris fait et cause pour l’opposition et tient à relativiser la mobilisation : « Nous, nous estimons, au niveau de la majorité présidentielle, que c’est un groupe, des opposants qui se sont accaparés de cet appel et ont voulu allumer le feu à Kinshasa et un peu partout dans la République ».

Le bilan des heurts du 31 décembre varie toujours en fonction des sources. Selon un porte-parole des organisateurs, douze personnes ont été tuées, onze à Kinshasa et une à Kananga. Pour le porte-parole de la police, les trois civils tués dimanche n'avaient rien à voir avec ces marches. Ce n'étaient pas des manifestants, mais des pillards et des bandits.