Republier
Tunisie

Les Tunisiens font éclater leur colère contre la vie chère

Un étudiant crie sa colère lors de manifestations contre l'augmentation du coût de la vie quotidienne, à Tunis, le 9 janvier 2018.
© REUTERS/Zoubeir Souissi

Des manifestations contre la vie chère ont dégénéré lundi 8 janvier en Tunisie, avec la mort d'un jeune homme à Tebourba, dans l'ouest. Ce mardi, on défilait à Tunis, la capitale, pour l'annulation des hausses de la TVA et des contributions sociales. Presque sept ans après le début de la révolution tunisienne, les difficultés socio-économiques sont toujours là. Le ras-le-bol s'installe. RFI est allé à la rencontre de ces mécontents, toujours plus nombreux.

Des manifestations contre la hausse du coût de la vie se sont tenues dans différentes villes du pays. Sept ans après l'éruption de Sidi Bouzid, une frange de la population tunisienne attend toujours l'amélioration de ses conditions de vie.

Dans ce café populaire de banlieue, à une quinzaine de kilomètres de Tunis, la tension est perceptible. Mehel n'hésite pas à pointer ouvertement ce qu'il considère comme responsable de la situation économique critique que traverse le pays : « le gouvernement, la hausse des prix, la mauvaise gestion et la non transparence. S'il y avait un minimum de transparence, on serait prêt à faire des sacrifices. On n'a pas confiance en ceux qui dirigent notre pays. »

Une monnaie dévaluée

Alors que le chômage dépasse désormais les 15 %, Youssef ne cache pas sa colère : « Pourquoi on en est arrivé à ce stade-là ? Parce que les politiciens, ils se sont remplis les poches. »

A quelques kilomètres de là, sur un marché aux frippes, Adel tient pourtant à prendre du recul et à relativiser cette grogne populaire : « Je ne pense pas que ça va se passer comme l'autre fois, la révolution. Mais il y a des tensions. Il va y avoir des gens qui vont partir en Europe en profitant de ces troubles, mais on ne va rien gagner de ces manifestations. On veut se développer, on ne veut pas de retour en arrière. On a fait une révolution pour se développer. » Mais, sept ans après la révolution de jasmin, Inès ne voit pas d'autre issue : « une deuxième révolution. »

La rue attend des annonces concrètes du gouvernement, car depuis 2011, le coût de la vie a augmenté de 35 %, et la monnaie nationale s'est effondrée. Quand un euro valait deux dinars en 2011, il en vaut trois aujourd'hui.

Pourquoi les gouvernements successifs depuis 2011 ont-ils échoué à changer le quotidien des Tunisiens ? Pour Kmar Bendana, professeur d'histoire contemporaine à l'université de la Manouba près de Tunis, « il y a tout une accumulation des anciens problèmes, mais aussi depuis 2011, une classe politique arrivée au pouvoir sans les capacités de changer les choses. »

« Ils sont superficiels, reprend l'enseignante, ils ne sont eux-mêmes pas très conscients de l'ampleur des choses, ils ne travaillent pas comme ils devraient travailler. Nous avons eu huit chefs de gouvernement, 280 ou 290 ministres... Il en est passé du monde depuis 2011 ! Mais ils sont tous là avec des idées de technocrates, alors qu'il faudrait faire de la politique locale, près des gens. Petit à petit, ils ont abandonné, et on en arrive maintenant au retour des anciens de Ben Ali. Sans compter que les gouvernements qui ont été élus, entre autres celui des islamistes, ont lamentablement échoué. On a une administration encore plus inactive qu'avant. Car eux-mêmes dans leurs têtes et dans leurs choix sont très anciens. »

Inflation programmée des denrées de première nécessité

Les manifestants s'insurgent contre les augmentations du 1er janvier, inscrites dans la récente loi de finances. Jallel Hammami, député du Front populaire, a battu le pavé : « Bien entendu, c'est une loi d'austérité. La vie sera très, très difficile et on s'attend à ce qu'il y ait des explosions sociales. Les légumes, les vêtements, les loyers, l'électricité, le transport, tous ces frais-là vont augmenter. »

Le gouvernement affirme que c'est l'unique solution pour redresser une économie en berne. Il insiste sur le fait que plusieurs produits de première nécessité n'ont pas subi de hausses de prix, comme le pain, le couscous, le sucre, les pâtes ou encore les cahiers d'écoliers. Ahmed, pourtant, est désespéré : « La Tunisie est finie. Pas d'argent, pas de travail. La police, si tu fais quelque chose, elle t'envoie en prison. »

La nuit dernière, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du pays, suivies d'affrontements et de dizaines d'interpellations. Hier, un manifestant est mort dans la ville de Tebourba. Une douzaine de policiers ont été blessés. Des bâtiments publics ont été pris pour cible.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.