Republier
RDC ONU

Violences en RDC le 31 décembre: l'ONU réclame des enquêtes

Jean-Pierre Lacroix, le 11 juillet 2017.
© UN Photo/Manuel Elias

Le chef des opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix, accuse les forces de sécurité congolaise d'avoir empêché les équipes de la Monusco d'effectuer des patrouilles lors de la marche du 31 décembre. Il l'a dit ce mardi devant le Conseil de sécurité. Il demande à la RDC de mener des enquêtes. Il souligne que la situation en RDC reste « fragile » à cause des retards dans l'application de l'accord politique signé il y a un an.

Le secrétaire général adjoint pour les opérations de paix des Nations unies Jean-Pierre Lacroix a réclamé mardi à Kinshasa « des enquêtes » sur les auteurs des violences du 31 décembre commises par des forces de sécurité congolaises contre des civils.

Il est essentiel que les autorités nationales compétentes diligentent les enquêtes nécessaires pour établir les responsabilités et traduire en justice les auteurs présumés de violations des droits de l'homme
Jean-Pierre Lacroix
10-01-2018 - Par Florence Morice

Il a aussi « déplor(é) les entraves » au travail des Casques bleus ce jour-là par les forces de sécurité de la République démocratique du Congo.

D'après l'ONU et la nonciature apostolique, au moins cinq personnes sont mortes dans la dispersion de marches organisées le 31 décembre à l'appel de laïcs proches de l'Eglise qui demandaient au président Joseph Kabila de déclarer publiquement qu'il quitterait le pouvoir et ne se représenterait pas.

Selon la nonciature, 134 paroisses ont été encerclées et cinq messes interrompues le 31 décembre. « La situation politique reste extrêmement fragile » et « la situation sécuritaire des plus préoccupantes », a souligné Jean-Pierre Lacroix. « Le dialogue reste la seule voie » pour sortir le pays de la crise, a-t-il ajouté, mettant en garde contre tout nouveau retard du calendrier électoral.

L'ambassadeur français à l'ONU François Delattre a « fermement condamné les violences » commises par les forces de sécurité et a appelé à « une application effective » du calendrier électoral.

Sur la même ligne, son homologue ivoirien Bernard Tanoh-Boutchoue a appelé tous les acteurs en RDC à « la retenue » et à « éviter les manifestations violentes ».


Des membres de la Cenco en déplacement à Brazzaville

Une délégation de la Conférence des évêques de RDC (la Cenco) a traversé le fleuve mardi 9 janvier pour être reçue à Brazzaville par le président Denis Sassou Nguesso, actuellement à la tête de la CIRGL et aussi en charge du suivi de l'accord-cadre pour la paix et la sécurité en RDC.

Huit jours après la répression de la marche du 31 décembre initiée par les laïcs catholiques, la Cenco, déjà critiquée par la majorité présidentielle pour son soutien aux manifestants, insiste sur le fait que la situation qui prévaut en RDC n'est pas à prendre à la légère.

C'est la troisième rencontre entre la Cenco et le président Sassou Nguesso depuis un an. Et cette fois, l'initiative en revient aux évêques. L'abbé Donatien Nshole, leur porte-parole, s'est exprimé à l'issue de l'entretien. Pour lui, il ne faut pas sous-estimer la situation, et dans ce contexte de crise, les voisins de la RDC ont un rôle à jouer, pour « satisfaire les aspirations du peuple congolais » et ainsi éviter le pire.

« Si on ne fait pas attention, si on prend à la légère la situation, on risque de vivre le pire, c'est pour prévenir. »

Aux yeux de la Cenco, le nouveau calendrier électoral qui prévoit une présidentielle fin 2018 est « tenable ». Mais pour que ces élections soient crédibles et sortir durablement de la crise, il faut assainir le climat politique... et prendre les mesures prévues dans l'accord de la Saint-Sylvestre. C'est aussi ce que réclamaient les manifestants le 31 décembre. Un message auquel le président Sassou ne serait pas resté insensible, selon le porte-parole de la Cenco. « Il a dit qu'il ne se comporterait pas comme s'il ne voyait pas venir les choses, donc ce qui est en son pouvoir, il le fera. »

De son côté, le président Sassou a délivré un message d'« apaisement » selon son entourage. Le Congo-Brazzaville, tout comme l'Angola, redoute toujours les conséquences qu'aurait chez eux une possible destabilisation de leur immense voisin congolais.