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Mali Terrorisme

Mali: un an après l’attaque de Gao, le MOC peine à se relever

Des soldats se rassemblent près d'un pick-up après l'attaque kamikaze qui a ensanglanté un camp de Gao, au Mali, le 18 janvier 2017.
© STRINGER / AFP

C'était il y a un an, jour pour jour, à Gao au Mali. Un attentat suicide contre un camp du MOC, le Mécanisme opérationnel de coordination, fait plus de soixante morts. Cette attaque a été revendiquée par le groupe al-Mourabitoune, rallié à al-Qaïda au Maghreb islamique, qui a choisi ainsi un symbole du processus de paix.

L’attaque est spectaculaire. Tôt le matin du 18 janvier 2017, un kamikaze installé dans un pick-up, maquillé aux couleurs du MOC et chargé de 500 kilos d'explosifs, se fait exploser dans le camp de cette force mixte. La déflagration fait plus de 60 morts et des centaines de blessés. C'est un symbole du processus de paix qui est touché. Le MOC à Gao regroupe 600 combattants : 400 des groupes armés signataires des accords de paix de 2015 : la Plateforme et la CMA, la Coordination des mouvements de l'Azawad et 200 militaires maliens.

« L’erreur a été qu’on a installé le MOC à Gao pour créer un évènement et montrer qu’il y a une avancée dans la mise en œuvre de l’accord de paix, explique Attaye Ag Mohammed membre du comité directeur de la CMA. Mais il n’y a pas eu de dispositions préalables pour sécuriser leur installation et aujourd’hui il n’y a pas beaucoup de changements ».

Menace terroriste

Le MOC doit assurer la sécurité de Gao et sa région. Une mission qu'il peine aujourd’hui à mener. « La population de Gao ne se sent pas en sécurité, déplore Ibrahim Maïga, membre de la société civile. Il y a des enlèvements, parfois ce sont même les véhicules du MOC qui sont enlevés en plein Gao. La ville et ses environnements ont été infiltrés par les djihadistes. Il faut plus de patrouilles, il faut qu’ils soient plus visibles ».

Un constat partagé par les anciens combattants qui réclament plus de moyens. « Il faut d’abord que le MOC parvienne à se sécuriser lui-même, s’emporte Attaye Ag Mohammed. Dans la ville de Gao, il est mis en place avec les moyens du bord qui sont les armes individuelles des combattants, quelques pick-up pour circuler dans Gao, mais ils ne disposent pas des moyens nécessaires pour patrouiller en dehors de la ville ».

Pomme de discorde

La question des armes est au cœur de la crispation, car le MOC reste aussi la première étape du processus de désarmement malien. Selon les accords d’Alger, il doit se faire en deux temps : d’abord la constitution d’une force armée mixte, le MOC, afin de rétablir la confiance entre les différents signataires. Ensuite démarrera le « cantonnement » : des sites seront mis en place où les anciens combattants viendront se faire recenser avec leur arsenal. Ils resteront deux mois dans ces camps et décideront ensuite s’ils souhaitent rejoindre les forces armées régulières maliennes ou la vie civile.

Dans tous les cas, ils devraient renoncer à la propriété de leurs armes. Mais ceux qui ont déjà rejoint le MOC n’y sont pas encore prêts. « Chaque combattant intègre la force avec une arme, explique Fahad Ag Mamoud de la Plateforme. Nous souhaitons que les armes lourdes, bien qu’elles soient fournies au MOC, restent la propriété des groupes armés jusqu’à la mise en place du DDR, le désarmement ».

Cette requête a d'ailleurs été accordée. Reste à savoir maintenant sous quelle forme administrative cette propriété va se matérialiser. « Elle ne sera reconnue que pour un temps limité, insiste Ahmed Boutache, président du Comité de suivi de l'accord de paix qui s'est réuni cette semaine à Bamako. Dès que l’on passera à l’opération de cantonnement, on passera au désarmement. Plus personne, hormis l’Etat, ne sera propriétaire d’équipement militaire ».

Cela fait maintenant deux ans que les groupes armés et le gouvernement malien discutent des modalités de la cession des armes. Le processus de cantonnement quant à lui, n'a toujours pas démarré.

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