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RDC

RDC: le comité laïc maintient la marche à Kinshasa malgré son interdiction

Des manifestants dans les rues de Kinshasa, le 31 décembre 2017. L'interdiction, bravée par les organisateurs, de celle qui doit se dérouler ce 21 janvier fait craindre un nouveau scénario meurtrier.
© John WESSELS / AFP

La tension monte à Kinshasa à 24 heures de la marche des laïcs catholiques annoncée pour ce dimanche 21 janvier. Vendredi soir l'hôtel de ville a décidé de ne pas l’autoriser, mais les membres du comité d’organisation maintiennent leur appel, ce qui fait craindre une répétition du scénario meurtrier du 31 décembre dernier.

Dans une lettre adressée aux organisateurs, le vice-gouverneur de Kinshasa, Clément Bafiba, avance deux arguments pour justifier son refus d’autoriser la marche. Il estime d’abord que cette nouvelle manifestation risquerait de fausser les résultats de l’enquête ouverte après la marche du 31 décembre, et reproche ensuite aux organisateurs d’avoir « brillé par leur absence » ce vendredi à une réunion de sécurité à l’hôtel de ville où ils avaient été invités pour venir parler de la marche et lui permettre de trancher.

Mais pour Léonie Candolo, la porte-parole du comité laïc, tout cela n’était qu’en fait qu’un piège : non seulement, l’invitation ne leur est parvenue qu’une heure avant la réunion, mais surtout, elle et les autres figures du comité vivent désormais en clandestinité de peur d’être arrêtées. Plusieurs sources évoquent en effet l’existence de mandats d’amener qui seraient lancés contre eux. Et même si aucune autorité ne le confirme officiellement, la prudence est de rigueur.

Pas question en revanche de renoncer à la marche pour autant. Elle est belle et bien maintenue et elle aura lieu car c’est un droit constitutionnel, martelaient hier soir les membres du comité laïc.

Soutien de la communauté islamique

La communauté islamique soutient aussi la légitimité de la marche. Son leader, Cheick Ali Mwinyi M'Kuu, a déclaré que les autorités ne pouvaient pas l'interdire : « Vous savez, on ne peut pas interdire [la marche] parce que c’est constitutionnel. Et c’est aux agents de l’ordre de sécuriser la marche pour qu’il n’y ait pas de débordements. Surtout ce que j’ai appris, c’est une marche pacifique. »

Le chef de la police de Kinshasa a promis, lui, de déployer ses hommes dès cinq heures du matin dimanche pour maintenir et au besoin ramener l’ordre avec une consigne, « zéro décès et stricte respect des droits de l’homme ».

Une déclaration qui ne semble pas lever les craintes de la force onusienne sur place. La Mission de l'ONU en RDC (Monusco) qui prône la liberté de manifester, inscrite dans la Constitution congolaise, assure qu'elle va déployer, dans les principales villes du pays, des observateurs pour suivre le déroulement de ces marches pacifiques.

« La Monusco, conformément à son mandat, a prévu de déployer des équipes sur le terrain. Elles seront déployées dans les principales villes de la République démocratique du Congo. A Kinshasa, elles seront composées de représentants de la force de la Mission, de la police des Nations unies et du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme. A Kinsahasa, par ailleurs, elles seront soit positionnées à plusieurs endroits de la ville, soit mobiles »,  a déclaré, à RFI, Florence Marchal, porte-parole de la Monusco.

« Il s’agit d’observer, de rapporter d’éventuelles violences et violations des droits de l’Homme. Le droit de manifester pacifiquement est inscrit dans la Constitution congolaise. Nous appelons donc les autorités congolaises au respect de ce droit de manifester », a-t-elle ajouté.

« L’autre message est celui que bien-sûr, toutes les manifestations doivent se tenir dans le calme et la retenue. Toutes les parties en présence, qu’il s’agisse d’un côté, des manifestants et, de l’autre, des forces de défense et de sécurité, tout le monde doit s’abstenir de recourir à la violence, sous toutes ses formes », a tenu à préciser Florence Marchal, porte-parole de la Monusco.

« La mission sera sur le terrain dimanche pour observer les marches pacifiques » ont annoncé ses responsables, et rapporter « d’éventuelles violences et violations des droits de l’homme », a tenu à souligner Florence Marchal, porte-parole de la Monusco.


 ■ La marche des pro-Tshibala également interdite

La contre-marche organisée le même jour par les partisans du Premier ministre Bruno Tshibala en soutien aux autorités, elle non plus, n’a pas non plus été autorisée pour « éviter des turbulences inutiles », explique le vice-gouverneur. Hier soir, les initiateurs de cette marche parallèle envisageaient de proposer une autre date pour leur manifestation.

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