RDC: violences autour des marches organisées par le Comité laïc de coordination

Marches anti-Kabila réprimées, à Kinshasa, en RDC, ce dimanche 21 janvier 2018.
© JOHN WESSELS / AFP

Le calme est revenu à Kinshasa ce dimanche soir, après la dispersion violente, ce matin, de manifestations interdites. La police a chargé les cortèges qui s'étaient formés à la sortie des églises à l'appel du Comité laïc de coordination. Le bilan provisoire est de six morts selon l'ONU et deux morts selon la police.

La police de la capitale a prévenu qu'aucun trouble à l'ordre public ne serait toléré et que les rassemblements seront interdits. Dans la capitale où internet a été coupé, comme dans le reste du pays, des barrages ont été dressés par les forces de l'ordre qui contrôlent les véhicules et les papiers d'identité.

Dès ce dimanche matin, devant la paroisse Saint-Joseph, la police a chargé sur les manifestants qui sortaient de la messe, à la cathédrale. Plusieurs personnes sont venues manifester. Elles ont fait environ 100 mètres avant d’être chargées par la police.

La police toujours déployée

A quelques cent mètres de là, deux personnes ont été amenées à l’hôpital. Elles ont été touchées par balles. L’une de ces personnes a été touchée au niveau du bras droit et l’autre au niveau de la jambe.

En milieu de matinée, la police y était toujours déployée. Présente également, la Mission des Nations unies, la Monusco, qui s’est interposée entre les manifestants et la police qui est soutenue par l’armée.

Les manifestants étaient cantonnés dans la paroisse. Ils ne pouvaient pas sortir car la police était toujours déployée aux alentours de la paroisse.

Nombreux barrages

A la mi-journée, il régnait toujours une forte tension à Kinshasa où la circulation restait très contrainte avec de nombreux barrages, une forte présence policière et l’armée déployée par endroits. Plusieurs paroisses étaient encore encerclées par les forces de sécurité, selon des témoins.

Le porte-parole de l’opposant Félix Tshisekedi a assuré, par exemple, être resté coincé deux heures durant dans la cure de la paroisse Saint-Joseph de Limete, avec Félix Tshisekedi, mais aussi l’opposant Martin Fayulu et quelques députés. Ils assurent que des gaz lacrymogènes ont été tirés au moment où ils voulaient sortir.

Des témoins évoquent un scénario similaire à la paroisse Saint-Augustin de Lemba où le vicaire assure qu’il a lui-même été blessé. Là, les paroissiens seraient dans un premier temps sortis, avant de trouver refuge, à nouveau dans l’église pour « se protéger des forces de sécurité », disent-ils.

Jeu du chat et de la souris

Ailleurs, en circulant dans la ville, on peut voir, par endroits, des jeunes rassemblés tenter de marcher, rameaux à la main, dans une sorte de jeu du chat et de la souris avec des forces de sécurité qui tirent de temps en temps des gaz lacrymogènes.

Des témoins évoquent aussi des balles réelles dans un scénario qui semble assez différent tout de même de celui du 31 décembre où les marches avaient été pour beaucoup dispersées dès la sortie de la messe, et parfois même avant la sortie de la messe.

La Monusco fait état d’au moins cinq morts et 33 blessés. L’ONU annonce également au moins 69 arrestations.

Heurts dans de nombreuses autres villes

Dans le reste du pays, là aussi, des manifestants anti-Kabila se sont heurtés dans de nombreuses villes aux forces de l'ordre. On compte plusieurs blessés et de nombreuses arrestations à l’issue des marches ponctuées çà et là, par des coups de gaz lacrymogène.

A Lubumbashi, selon des témoins, un prêtre de nationalité kenyane, ainsi qu’un couple de fidèles, ont été fouettés à l’intérieur de l’église Saint-Bernadette de Katuba, avant d’être amenés par des militaires.

Des blessés également à Kisangani, archidiocèse de monseigneur Marcel Utembi, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), où la population est descendue massivement dans la rue, à l’appel du Comité laïc de coordination.

On parle aussi d’arrestations dans les rangs des militants de la Lucha, dans les villes de Goma et de Beni, au Nord-Kivu. Les habitants de Mbuji-Mayi, eux, se sont réveillés dans une ville totalement quadrillée. Certains ont été empêchés par les forces de l’ordre de se rendre au culte, comme ce responsable d’un parti de l’opposition qui n’a pas pu quitter sa résidence.

Pour les autres, il a fallu montrer pattes blanches pour avoir accès au culte et les fidèles étaient encore, à la mi-journée, bloqués dans des églises.

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