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RDC ONU

RDC: répression meurtrière de la marche du Comité laïc de coordination

Kinshasa le 21 janvier 2018.
© REUTERS/Kenny Katombe

A Kinshasa, la police a une nouvelle fois violemment dispersé dimanche matin les manifestations qui avaient été interdites. Il y aurait au moins 6 morts selon la Monusco, deux selon la police, au moins 65 blessés, toujours selon l’ONU, et 247 arrestations selon l’Acaj, l'Association congolaise pour l'accès à la justice. Le porte-parole de la police a « déploré les deux morts » et assure que des enquêtes sont ouvertes.Les manifestations ont eu lieu contre le maintien au pouvoir du président Kabila, à l'appel du Comité laïc de coordination. La police a chargé les cortèges à la sortie des églises.

La circulation a timidement repris dimanche soir à Kinshasa, les barrages ont été levés, le calme semble revenu, mais la capitale reste sous tension après cette journée où, selon l’ONU, les forces de l’ordre ont une nouvelle fois fait usage de balles lacrymogènes, mais aussi de balles réelles.

Selon le médecin qui a essayé de la soigner, l’une des victimes a succombé à des tirs de rafales. Et parmi les forces de sécurité visibles sur le terrain, il y avait des hommes en uniforme commandos de la police, portant des masques symbolisant des têtes de morts.

Selon l'Acaj, huit religieux étaient encore arrêtés dimanche soir. Le curé de la paroisse Saint-Christophe a été libéré à 19h. D’autres curés disent avoir été brutalisés, parfois pendant la marche parfois après, puisqu’en fin de matinée certaines paroisses étaient encore encerclées, selon des témoins.

A la paroisse Saint-Joseph, par exemple, où les opposants Félix Tshisekedi et Martin Fayulu disent s’être retrouvés coincés pendant deux heures avant de négocier leur sortie. Ou encore à Saint-Augustin où selon le vicaire la police est « entrée dans la paroisse » après la marche alors qu’un corps y avait été acheminé et que des fidèles s’y étaient réfugiés après que leur marche a été dispersée « violemment », disent-ils.

Dechade avait promis à son père de devenir religieuse. Catholique pratiquante, c’est au mois de juillet de cette année que le rêve allait devenir réalité. La famille se préparait déjà et les habits de la fête étaient presque prêts. Le rêve a pris fin brutalement ce dimanche. Son père n’en revient pas...
Reportage à la paroisse Saint-François
21-01-2018 - Par RFI

Curé «brutalisé» selon l'Acaj

Avant cela, des marches ont bien eu lieu, même si elles ont rapidement été dispersées. Vers midi par exemple, dans le quartier Kintambo on voyait encore beaucoup de jeunes faire face à la police et continuer de braver les tentatives de dispersion. La police, qui dit avoir exercé ses fonctions régaliennes, assure de son côté qu’à partir de 10 h ce dimanche matin, « il n’y avait plus aucun foyer de tension sur les 13 paroisses qui avaient tenté de lancer des marches ». La police qui dénonce « des jets de pierre » et « des pillages » et déplore également neuf policiers blessés, dont deux graves. Une source à la présidence assure qu’un « policier qui aurait tiré à bout portant » a été « arrêté ».

Le ministre de l’Aménagement du territoire Félix Kabange Numbi dit avoir été « attaqué chez lui à Kinshasa, par plus de 300 manifestants » venus de cette paroisse voisine de sa propriété. Il dit avoir appelé la police en renfort qui aurait alors interpellé « 145 personnes » dont l’abbé de la paroisse qu’il accuse d’avoir conduit des manifestants chez lui pour « tout casser ».

L’Acaj assure que les manifestants auraient au contraire cherché refuge chez le ministre après avoir été dispersés. L’Acaj qui déplore la présence d’une dizaine de fillettes  de la paroisse parmi les personnes interpellées. Et assure que le curé a été « brutalisé ».

Sur l'ensemble du territoire, nous avons noté que plusieurs manifestations avaient été dispersées...
Florence Marchal, porte-parole de la Monusco
21-01-2018 - Par Carine Frenk

A Kisangani aussi

Le mouvement citoyen en faveur du départ de Jospeh Kabila à la fin de l'année s'est aussi étendu sur tout le territoire. La ville de Kisangani qui n'est pas réputée pour être contestataire s'est par exemple mobilisée et contrairement au 31 décembre 2017, la population est descendue dans la rue.

S'il y a bien eu des tirs à balle réelle, de gaz lacrymogènes, des coups de matraques, aucun mort n'y est à déplorer. En revanche, plusieurs blessés ont été recensés.

Selon de nombreux observateurs dans la ville, les chrétiens n’ont pas été les seuls à répondre à l’appel du Comité laïc de coordination.« Toutes les concessions religieuses sont descendues dans la rue à Kisangani, pour faire entendre la voix du peuple, défiant ainsi le pouvoir », a affirmé le défenseur des droits de l’homme, Elie Kayembe.

Kisangani est le fief de monseigneur Marcel Utembi, président en exercice de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco). Le message de cet évêque en rapport avec à l'appel à la marche du 21 janvier avait reçu deux interprétations : certains y avaient vu un soutien à la démarche du Comité laïc de coordination ; d’autres, proches du gouvernement, avaient parlé de la désolidarisation par une frange de l’épiscopat du pays.


■ La majorité présidentielle s’exprime

Dans une déclaration à la presse ce lundi matin, Alain André Atundu, le porte-parole de la majorité présidentielle a estimé que la journée de dimanche avait été « plutôt calme », il a salué le « professionnalisme » des forces de l'ordre, sans faire allusion aux pertes en vies humaines. Il a aussi dénoncé « le gouvernement incivique et téméraire » du Comité laïc qui selon lui a certes le soutien de l'archevêque de Kinshasa, mais pas de l'ensemble de l'église congolaise.

La majorité présidentielle dénonce la marche du 21 janvier 2018.
Alain André Atundu, porte-parole de la majorité présidentielle
22-01-2018 - Par Florence Morice

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