[Reportage] Tunisie: dans l’épicerie de Faouz, les clients se font attendre

En Tunisie le pouvoir d'achat a été éprouvé par une importante inflation (plus de 6% fin 2017). Ici, une échoppe sur le marché Tadamum, dans la banlieue de Tunis, le 15 janvier 2018.
© REUTERS/Youssef Boudlal

En Tunisie, le calme est revenu sur le front social après plusieurs jours de manifestation à la mi-janvier, mais le mouvement « Qu'est-ce qu'on attend ? » appelle à un nouveau rassemblement en fin de semaine devant le Parlement. Au cœur de la grogne, les prix trop élevés et du travail trop rare. Une loi des finances adoptée début janvier cristallise les mécontentements. Car en plus de la chute de la monnaie locale qui a déjà provoqué une perte du pouvoir d’achat, cette loi impose une augmentation des taxes sur de nombreux produits de base. Reportage dans une épicerie du quartier populaire de Douar Hicher, à une quinzaine de kilomètres du centre de Tunis.

Installée en bord de route, c’est une épicerie de quartier comme tant d’autres. A l’intérieur, une vitrine avec de la viande fraîche. Derrière des étagères remplies de conserves : tomates, thon, piment, mais aussi des paquets de pâtes et de riz. Depuis janvier, les clients se font attendre.

Faouz est le propriétaire des lieux : « Le kilo d’escalope avant le 1er janvier était à 10 dinars, le 1er janvier il est passé à 12 dinars, raconte-t-il. Deux dinars en deux jours, c’est beaucoup. Les tomates sont passées de 2,4 dinars à 2,7 dinars. Tous les prix ont augmenté. »

Une vieille femme, voile blanc traditionnel, entre justement dans la boutique. Elle se renseigne sur le prix du foie de poulet, mais renonce à en acheter. « Le kilo de foie de poulet, de 7 dinars il a augmenté à 11 dinars », indique l’épicier.

« C’est difficile, très difficile. La vie est chère, les prix ont augmenté. Qu’est-ce que je peux faire ? J’achète en fonction de ce que j’ai. Donnez-moi pour 1 dinar de fromage », dit la cliente.

Six portions de Vache qui rit pour 30 centimes d’euros, voilà ce que cette femme aura acheté aujourd’hui.

Dans ce quartier populaire, à 15 km à peine de la capitale, la pauvreté est partout. De la chaussée en mauvais état aux terrasses de café remplies de jeunes qui ne prennent même plus la peine de commander un café.

Un passant confirme : « Ici, c’est la zone industrielle. Toutes les usines ont fermé. Certaines qui travaillaient avec plus de 350 personnes, par peur des violences et du vol, sont parties s’installer au Maroc ou en Algérie, parce qu’au Maroc c’est calme, ce n’est pas comme en Tunisie. »

Pendant cinq jours, chaque nuit des pneus ont brûlé. Entre temps le calme est revenu, mais la frustration et la colère sont toujours là, en sourdine.

(Re) lire : Tunisie: derrière la grogne, des espoirs déçus et un pouvoir d'achat en berne

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.