Algérie: les moines de Tibéhirine reconnus martyrs en vue de leur béatification

La sépulture de Christian de Chergé, l'un des sept moines de Tibéhirine, au monastère Notre-Dame de l'Atlas, près de Médéa, en Algérie.
© AFP PHOTO / Fayez NURELDINE

C’est désormais officiel. Les sept moines français de Tibéhirine et Mgr Claverie, évêque d’Oran seront béatifiés. Le pape François a en effet signé, ce samedi 27 janvier, le décret reconnaissant leur martyr, après leur assassinat, en 1996, en Algérie. Au total, dix-neuf catholiques tués dans les années 90, en Algérie, sont concernés.

Ce sont quelques lignes d’un décret de la congrégation pour la cause des saints qui l’attestent. Il est mentionné que le martyr de Mgr Claverie et de ses dix-huit compagnons est reconnu: assassinés « en haine de la foi », entre 1994 et 1996.

Parmi les futurs bienheureux figurent les sept moines trappistes de Tibéhirine enlevés, en mars 1996, puis tués dans des circonstances troubles et dont seules les têtes avaient été retrouvées.

L’ancien évêque d’Oran avait, lui, été tué le 1er août 1996 avec son chauffeur dans l’explosion d’une bombe, devant son évêché. Sont également concernés, des pères blancs et des religieuses.

Cette annonce était attendue. En septembre dernier, les évêques d’Alger et d’Oran s’étaient rendus à Rome pour rencontrer le pape François et avaient expliqué avoir trouvé le souverain pontife très sensible à la cause de ces religieux, tout comme à la souffrance du peuple algérien.

Si aucune date n’a encore été fixée pour la béatification, l’espoir est grand qu’elle puisse se faire sur le sol algérien, là où ces hommes et femmes ont donné leur vie.

« Témoins de la foi et témoins à travers ce qu’ils ont vécu »

Joint par RFI, le père Armand Veilleux était un des supérieurs des sept moines. Il revient sur leur vie.

« Ce qui est reconnu, c’est la qualité de ce qu’ils ont vécu en Algérie. Le mot martyre veut dire « témoin », témoin de la foi et témoin à travers ce qu’ils ont vécu, beaucoup plus qu’à travers la façon dont ils sont morts », a-t-il relevé.

« Ils ont passé leur vie à vivre l’évangile au milieu d’un peuple à majorité musulmane qu’ils aimaient, un pays qu’ils aimaient. Ils ont établi des liens de fraternité, d’amitié avec la population au cœur de laquelle ils ont vécu comme des frères durant la guerre civile d’Algérie et une guerre qui a fait plus de 200 000 victimes. C’est essentiellement ça qui est reconnu et je pense qu’ils n’aimeraient pas être séparés des 200 000 victimes », a ajouté le père Armand Veilleux.

Les tombes des 7 moines de Tibéhirine, assassinés le 21 mai 1996, près de leur monastrère, situé non loinde Médéa. © AFP/STR

« Ce qui est mis en évidence à travers la béatification, c'est la qualité de ce qu'ils ont vécu. Tous étaient très, très proches de la population algérienne. Tous ont choisi de rester malgré le danger. Ils partageaient ce danger avec la population. Comme ils étaient tous des expatriés, ils auraient pu facilement repartir pour la France, l'Espagne ou le pays d'où ils venaient. Ils ont choisi de rester par solidarité avec le peuple, et c'est dans ce sens-là qu'on les considère martyrs. Ce qui est important, c'est de souligner la qualité de leur message, beaucoup plus que les conditions dans lesquelles ils sont morts. »

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