Autofinancement de l'Union africaine: Paul Kagame devra trouver des astuces

Paul Kagame et Donald Trump au forum économique de Davos, le 26 janvier 2018. L'UA aimerait s'émanciper peu à peu de ses bailleurs de fonds.
© REUTERS/Carlos Barria

Le 30e sommet de l’Union africaine (UA) s’est clôturé ce lundi 29 janvier à Addis Abeba, capitale de l’Ethiopie. Le président rwandais Paul Kagame prend la tête de l’organisation et succède à Alpha Condé. Il est chargé d’appliquer les réformes et notamment celle de l’autofinancement de l’UA grâce à une taxe sur les importations. Cependant, au fur et à mesure que le projet avance, des résistances se manifestent.

Lundi, lors de la conférence de presse de clôture du sommet, Paul Kagame était en verve quand la directrice du protocole a dit aux journalistes qu’ils n’avaient plus droit qu’à une seule question, le président rwandais l’a coupée en disant que non, il avait tout son temps pour répondre à toutes questions. Et c’est d’ailleurs à ce moment-là qu’il a plaisanté sur les présumés espions chinois à l’Union africaine, sans même faire l’effort de démentir les informations de notre confrère Le Monde.

Paul Kagame, courtois et décontracté, ce n’est pas une première. Derrière son maintien d’officier formé à  Fort Leavenworth au Kansas, il y a un séducteur qui sait mettre un gant de velours sur sa main de fer. Avec ses homologues africains, il va donc essayer la méthode douce -de toute façon, il n’a pas le choix-, afin de les persuader de tous adopter sa réforme pour l’autofinancement de l’Union africaine.

Il y a un an, quand Paul Kagame a présenté son projet d’autofinancement de l’UA, inspiré notamment par le banquier Donald Kabéruka et le développeur Carlos Lopes, tout le monde a applaudi, à Addis-Abeba. Mais ensuite, plusieurs pays dont l’économie repose sur le commerce international ont commencé à faire leurs comptes. Du coup, lors de ce 30e sommet, l’Egyptien Abdel Fattah al-Sissi et le Sud-Africain Jacob Zuma ont exprimé de sérieuses réserves à l’égard de la future taxe à 0,2 % sur les produits importés.

Pour ne rien arranger, ces deux chefs d’Etat et plusieurs autres sont soumis actuellement aux pressions de Donald Trump qui n’aime pas voir ses partenaires commerciaux créer de nouvelles taxes. Néanmoins, lors de leur rencontre à Davos en Suisse, vendredi, les deux hommes se sont appréciés. Le Rwandais a demandé à l’Américain d’être moins regardant que son prédécesseur Barack Obama sur la démocratie et les droits de l’homme au Rwanda. En échange, l’Américain a demandé au Rwandais de transmettre à ses pairs africains le message qu’il n’était pas raciste et qu’il fallait oublier son dérapage verbal d’il y a trois semaines.

Et de fait, à Addis-Abeba, les chefs d’Etat hier ont décidé d’éteindre la polémique Trump, preuve que Paul Kagame sait jouer habilement de la carte de la Maison Blanche. Et il ne faut pas oublier que Paul Kagame a aussi des alliés, notamment les quelque 20 chefs d’Etat du continent qui ont déjà fait adopter la mesure dans leur pays. Parmi eux, l’Ivoirien Alassane Ouattara.

La balle est maintenant dans le camp des experts qui vont devoir trouver des astuces, voire des dérogations, afin que tout le monde accepte la taxe pour que l’Union africaine prenne enfin son destin en main.

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