Nigeria: le cafouillage des autorités suscite la colère après l’attaque à Dapchi

Le ministre de l'Information Lai Mohammed s'est rendu le 22 février 2018 dans l'école de Dapchi dans le nord-est de l'Etat de Yobe. Des dizaines de jeunes filles sont toujours portées disparues, trois jours après une attaque attribuée à Boko Haram.
© REUTERS/Ola Lanre

Colère des habitants de la localité de Dapchi trois jours après une attaque par de présumés membres de Boko Haram sur un établissement scolaire. Ce jeudi 22 février, une délégation gouvernementale était en visite sur les lieux. Elle a démenti la libération de « certaines » jeunes filles annoncée la veille au soir, alors que le flou persiste toujours sur le nombre de lycéennes portées disparues.

Déclaration, puis démenti.... Le cafouillage des autorités suscite la colère des habitants de Dapchi.

En visite ce jeudi dans la localité, le gouverneur de l'Etat de Yobe, Ibrahim Gaidam, a expliqué aux parents des élèves manquantes qu'elles n'avaient pas été « sauvées » par l'armée, comme l'avait annoncé son porte-parole la veille au soir.

Trois jours après les faits, les autorités ont ajouté ne pas être en mesure de donner de bilan.

Mercredi, la police affirmait que 111 jeunes filles manquaient à l'appel sur les 926 que comptait l'établissement. D'autres sources évoquaient une cinquantaine de disparues.

Face à ces annonces contradictoires, des jeunes furieux ont alors dressé des barricades et indencié des pneus sur la route, caillassant le convoi du gouverneur.

Chez les parents des collégiennes, l’inquiétude grandit d’heure en heure.

Abdullahi Abubakar, le père d’Aisha et Mimouna, deux collégiennes enlevées lundi à Dapchi, est un homme en colère. Cet habitant de Dapchi est sans nouvelles de ses filles, sans nouvelles tout court. « On n’a aucune information. Le gouvernement ne nous dit rien du tout. »

Boko Haram veut embarrasser le pouvoir, se défend le gouvernement

Lorsque le gouverneur de l’État de Yobe a annoncé qu’un certain nombre de filles avaient été retrouvées par l’armée, Abdullahi Abubakar espérait que ces filles se trouveraient parmi elles. « Quand j’ai entendu ça, je me suis dit que c’était une excellente nouvelle. Mais mes filles restent introuvables. Je suis très en colère. Je supplie le gouvernement de faire tout en son pouvoir pour les ramener. »

On sait maintenant que le gouverneur Ibrahim Gaidam n’a fait que propager une rumeur et que l’armée n’a pour l’instant secouru personne.

Le raid n'a pas encore été revendiqué, mais le mode opératoire, qui porte la signature de Boko Haram, pose à nouveau la question de la sécurité dans la région.

Trois ministres fédéraux sont sur place à Dapchi, dont le ministre de l'Information. Lai Mohammed a apporté peu d'explications, précisant seulement que certaines élèves étaient cachées en brousse et qu'elles avaient réussi à téléphoner. Le ministre a ajouté que Boko Haram cherche à plonger le gouvernement dans l'embarras.

« Ce que vous devez comprendre, c’est que Boko Haram est à l’agonie. Ce qu’ils tentent de faire, c’est de plonger le gouvernement dans l’embarras. C’est leur première préoccupation. Nous les avons chassés de la forêt de Sambissa et ils ont besoin d’oxygène. Le fait qu’on parle d’eux leur apporte cet oxygène. Ils veulent capter l’attention de la planète entière. Mais je peux vous dire que, grâce à nos valeureux soldats, les jours de Boko Haram sont comptés », a déclaré le ministre de l'Information. Abuja cherche autant à sauver les filles qu'à sauver la face.

Lai Mohammed
23-02-2018 - Par Michel Arseneault

Alors que l'armée se targuait récemment d'être venue à bout du groupe jihadiste, notamment après une opération musclée dans la forêt de Sambissa, les civils du nord-est du Nigeria sont encore victimes d'attaques et d'attentats suicides.

À Abuja, l'émotion est vive au sein du groupe « Bring Back Our Girls »

L'histoire se répète, le coup est dur pour les militants du collectif « Bring Back Our Girls » (BBOG). « Les mêmes erreurs de 2014 se répètent en 2018. N'avons-nous rien appris ? N'avons-nous pas tiré les leçons de cette tragédie ? », interroge Florence Ozor.

Ambiance pesante sur la réunion quotidienne du mouvement qui a fait connaître les lycéennes de Chibok. Florence Ozor est consternée. Depuis lundi, de nouvelles étudiantes sont portées disparues. Suite à une attaque terroriste menée dans une école à Dapchi dans le nord-est, des élèves manquent à l'appel. Nkeki Mutah, du groupe BBOG, déplore un manque de transparence : « Au moment où nous parlons, ni moi, ni le gouvernement ne savons exactement où les filles se trouvent. Ont-elles été secourues ? Sont-elles toujours entre les mains des kidnappeurs ? C'est ce qui me dérange le plus. »

Pour Gapani Yanga, dont les sept nièces ont été enlevées il y a quatre ans, l'émotion est palpable : « Mes nièces et les autres qui ont été enlevées par Boko Haram, ce sont des êtres humains, elles sont toutes mes filles. »

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