Rwanda: au moins cinq réfugiés congolais tués par la police au cours d'émeutes

Des réfugiés de la République Démocratique du Congo portent leurs effets personnels en passant près des bureaux du HCR au camp de réfugiés de Kiziba, au Rwanda, le 21 février 2018.
© Jean Bizimana / REUTERS

Au Rwanda, des manifestations de réfugiés congolais du camp de Kiziba, dans la province de l'Ouest, ont dégénéré. Jeudi 22 février, cinq réfugiés congolais ont été tués et une vingtaine blessés dans ce camp, au cours de manifestations qui auraient tourné à l'émeute, selon la police rwandaise. Des faits qui sont largement corroborés par le bureau du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés dans ce pays, qui demande une enquête.

La tension n'a cessé de monter depuis mardi 20 février, lorsqu’environ 700 réfugiés congolais du camp de Kiziba ont marché sur la ville de Kibuye, à quelque 17 km à l'ouest de leur camp, pour protester contre une réduction de 25% de leur ration alimentaire en janvier. Cela après une autre baisse de 10% trois mois plus tôt. Une fois à Kibuye, les manifestants ont assiégé le bureau régional du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et les explications sur le manque de fonds ne parviennent pas à les calmer, selon l’organe onusien.

Après une nuit passée à la belle étoile, sans eau ni nourriture, les réfugiés se sont réveillés énervés et surexcités. Certains parmi eux se seraient alors mis à caillasser la police, qui aurait répliqué en tirant en l'air. Bilan : deux blessés, mais aucun par balles, assure une des porte-paroles du HCR.

C'est la fin du premier acte.

La tension à son paroxysme, 5 réfugiés morts et 20 blessés

Jeudi 22 février, les manifestations ont repris, toujours à Kibuye, et des rumeurs parlant de nombreux réfugiés tués ont commencé à circuler, notamment sur les réseaux sociaux. Elles ont alors atteint le camp de Kiziba, qui compte quelque 17 000 réfugiés, dont certains depuis 22 ans.

C'est à ce moment précis que la situation a dérapé, selon le récit de la porte-parole de l'agence onusienne : en rage, des réfugiés auraient alors attaqué un poste de poste situé dans le camp et pris en otage des policiers. Et les rumeurs vont devenir vérité, car des collègues de ces derniers tirent et font 5 morts et 20 blessés parmi les réfugiés congolais, d'après un bilan de la police.

Selon le porte-parole de la police rwandaise, Theos Badege, « des manifestants violents armés de pierres, de bâtons et de projectiles en fer ont agressé et blessé sept policiers ».

Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés explique qu'il n'a recueilli depuis le début de l'année que 2% des fonds nécessaires pour les réfugiés au Rwanda. Une des porte-paroles du HCR, Céline Schmitt, explique à RFI qu'ils n'ont pas pu faire autrement que diminuer les rations : « Les coupes de rations alimentaires ont aggravé un sentiment de désespoir et un manque de perspective pour les réfugiés puisque nombre d'entre eux sont dans le camp depuis des décennies. Nos programmes d'aide humanitaire ne sont pour l'instant financé qu'à hauteur de 2%. Les rations ont été coupées de près de 40%. »

Le HCR en appelle maintenant à ses donateurs pour qu'il puisse continuer à apporter une assistance humanitaire à ces réfugiés. L'instance a appelé vendredi 23 février les réfugiés au calme et le gouvernement rwandais à la retenue. Enfin, cette organisation demande une enquête pour déterminer les circonstances exactes qui ont conduit à cette tragédie.

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